dimanche 18 janvier 2015

Librairie: Le Palmarès de 2014

-Est ce que vous auriez des livres littéraires?

*
-Je te félicite pour ta vitrine. Le chat du quartier l'a adoré. Maintenant enlève le vite d'ici.

*
-Mademoiselle, pourriez-vous enlever le célophane qui recouvre ce livre.
-Normalement, je n'en ai pas le droit monsieur mais je vais tout de suite demander à mon supérieur et je reviens.
- Si vous n'êtes pas fichue d'enlever un célophane, je me demande bien ce que vous fabriquez ici. D'ailleurs, à voir votre tête, c'est sûr, vous n'êtes même pas libraire.

*
-Allez choisis un album pour que le monsieur te le signe.
- Mais je vais jamais le lire!

*
-Bonjour, je cherche la biographie de Marguerite Duras.
-Je regrette Madame, mais je ne l'ai pas en stock, et il n'apparait dans la base de donnée, souhaiteriez vous le commander?
-Mais ce n'est pas possible ! Mon amie l'a apperçu sur votre stand à l'instant. Combien est ce qu'il y a de Virgin dans ce Salon?

(Je tiens à préciser que je ne travaille pas au Virgin. Le nom de ma librairie était inscrit en énorme juste au dessus de ma chaise, mais apparement ca ne suffisait pas)

*

-C'était vous qui lisiez Fouad Gabriel Naffah hier? je vous ai ramené son oeuvre complète. Tenez, c'est cadeau.

*

-Dis Madame? Pourquoi il y a un chat dans la vitrine?

*
-Je cherche un coffee table book. N'importe lequel ça m'est égal. L'important c'est qu'il soit beige, vous comprenez? Je viens de repeindre mon salon.

*
- Je voudrais un magazine sur les arts-martiaux et le karaté.
- Je suis désolée, nous n'en avons pas mais si vous le souhaiter et que vous avez une revue en tête, je peux passer une commande.
-Non ça ira. Vous êtes très gentille. Est ce que cela vous dérangerait de me laisser votre numéro? on pourrait aller boire un café après la fin de votre shift.

*
-Je suis juste passé vous dire bonjour et vous remercier pour Anima. Il est ÉNORME.

*




vendredi 16 janvier 2015

L'herbier des fées- Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe

L'herbier des fées
Benjamin Lacombe& Sébastien Perez
Ed. Albin Michel, 2011, 64p.
À la base, j'avais acheté cet album pour en faire cadeau. Après l'avoir d'abord vaguement parcouru, et charmée par la beauté des illustrations , j'ai finalement décidé de le garder pour moi en me promettant de le lire dès que j'en aurais le temps. C'est comme ça qu'il a attéri dans ma PAL et le challenge Je vide ma Bibliothèque m'a permis de l'en déloger.

Je commence cette chronique par un petit résumé de l'histoire:

L'herbier des fées, c'est le carnet de voyage d'un jeune botaniste russe, envoyé par son excellence Raspoutine à travers l'Europe, pour débusquer des plantes permettant de concocter le très convoité philtre d'immortalité. Après des débuts décevants dans la Forêt Noire, il débarque en Brocéliande à la recherche de nouveaux spécimens. Ce qu'il va y découvrir dépasse largement tout entendement.

Avec cet Album, Sébastien Perez et Benjamin Lacombe, nous entrainent dans un univers envoutant et peuplé de créatures étranges.

Durant son périple en Brocéliande, le personnage principal decèle l'existence d'un régime ni animal ni végétal. Bref, Bogdanovich à découvert les fées.
Il les brutalise d'abord pour analyser les propriétés de chacunes, des suites de la pression mise par Moscou et de l'obsession du moine fou pour le filtre d'immortalité, Raspoutine qui use du chantage auprès du botaniste pour arriver à ses fins, depuis qu'il détient la famille de ce dernier.
Dissection d'un Aruma animaans.
Ses différents organes se rapprochent
d'un organisme humain
Mais lorsqu'il découvre que ces créatures sont capables de sentiments et qu'elles ont une interiorité à l'instar des humains, Aleksandr Bogdanovitch prend les fées en affection. Pris en tenailles, il lui faut alors choisir. Sa femme et sa fille, ou les fées.

Le livre est présenté sous la forme d'un journal, où le protagoniste fait d'abord sécher des plantes, comme dans un conventionnel herbier, avant que celui ci ne prenne une autre tournure pour se transformer, au fil des trouvailles du naturaliste, en bestiaire féérique. Le lecteur y trouve les impressions et constats du personnage principal, en plus de croquis, de squelettes de spécimens anotés, ou même de surprenantes dissections.
J'ai énormément apprécié le support de l'histoire et des illustrations qui créent une sorte d'interractivité entre le lecteur et le livre, et un effet de miroir entre celui qui parcourt l'herbier des fées et son auteur.

L'herbier des fées reste un album très pictural, et Lacombe qui excelle dans la création d'ambiances s'en donne à coeur joie.
Par un savant jeu de calques et de cut-outs, l'illustrateur donne à voir tout le mysticisme et la sensualité de l'univers des fées.
Le lecteur à l'impression de débusquer les spécimens comme le ferait le botaniste. Il lui faut pour braver apparences, oser plonger, aller au profond des choses, écarter les branches d'un arbuste, ou troubler la surface opaque d'un lac que l'on croyait endormi pour apercevoir les créatures.
Ballet aquatique des Renouées amphibie à la surface de
l'étang aux fées

Il faut savoir qu'en général, je me méfie de Benjamin Lacombe. J'admire son travail d'illustrateur, ses courtisanes de l'étrange et ses ambiances mi-enchanteresses, mi-inquiétantes. Cependant ses diégèses ne sont souvent pas assez maîtrisées à mon sens, voire carrément malmenées, au point où j'ai souvent refermé ses livres avant même de les avoir terminés. La désastreuse Ondine, son traitement bancal et son écriture hachée, m'avaient énormément déçue. Pareil pour Blanche Neige.

Sa collaboration avec Sébastien Perez est en revanche une franche reussite, le style de l'auteur étant fluide bien que quelque peu emprunt de pathos par moment, mais pas assez pour rendre la lecture laborieuse.

L'herbier des fées est à mon sens un excellent album. J'ai été emportée dans l'univers des auteurs de la première page à la dernière, et comme Aleksandr Bogdanovitch, j'y ai fait de surprenantes rencontres. Le final est ouvert, et les suppositions vont bon train, mais je ne vous en dirais pas plus.
Ce livre est cappable de faire tourner la tête aux plus jeune, tout comme il a le pouvoir de mettre des étoiles dans les yeux de ceux qui n'auraient pas encore étouffé l'enfant qui est en eux.

L'herbier des fées est une petite leçon de vie. Il faut toucher la quintessence des choses qui réside parfois là ou l'on s'y attend le moins. Pour conclure, je reprends la citation de l'épigraphe, qui résume très justement le propos, beaucoup mieux que je ne pourrai jamais le faire.

Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent seulement de nuit.
                                     
                                                                                                                              Edgar Allan Poe
                                                                      
                                                                                                                                         N.A
           






mercredi 14 janvier 2015

"Hedwige, les premiers baisers sont les seuls qui soient purs de toute tristesse, ceux qu'on donne par la suite ont déjà la saveur de l'ennui, et l'amour charnel finit par ressembler à un excellent livre qu'on a lu trop souvent."


Indigne de moi ! s'écria Hedwige au bord des larmes. Qu'est ce que cela veut dire? Je ne demandais pas qu'il soit digne de moi, je voulais qu'il m'aime.

*       *      *

C'est avec une plume de maître que Julien Green se fait tragédien de l'ordinaire, pour nous raconter cette histoire qui orbite autour des personnages d'Edwidge et de Jean. Dans un monde ou l'ennui est roi et les apparences duchesses, la verité des sentiments n'ebreche-t-elle pas le miroir du mensonge?  ne gangrene-t-elle pas l'équilibre précaire de l'hypocrisie, et ne conduit elle pas irremédiablement à la tragédie?

L'histoire commence à l'hotel Vasseur, ou vit une famille embourgeoisée. Parmi les personnages bien-pensants qui la composent, deux d'entre eux sortent du lot. Il a d'abord Jean, cet oncle vieillissant et taciturne dont on moque les manières, et qui vit reclus dans sa chambre. Paralellement, nous avons Hedwige, la jeune cousine des vasseurs que ces derniers recueillent par charité lorsqu'elle se retrouve orpheline. Rien ne semble pouvoir ébranler le calme de cette maison où l'ennui est roi et les apparences duchesses. Jusqu'au jour où les Vasseur décident de marier leur jeune nièce, et entreprenent de la présenter au jeune Gaston Dolange dont elle s'éprend.
Seulement, cette passion qu'éprouve Edwidge pour Dolange est placée sous le signe de la fatalité. Gaston a un secret, que partage aussi Jean, et qui l'empeche d'éprouver quoi que ce soit à l'égard d'Hedwige. Jusqu'a ce que cette dernière touche le fond du lac.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans Le Malfaiteur est probablement les techniques de narratologie caractéristiques du roman. La diégèse principale, raconte le quotidien des Vasseur, la rencontre avec Gaston Dolange, et désespoir faral d'Hedwige de ne pas être aimé. Mais une histoire en cache une autre, surtout quand cette dernière est considérée pour l'époque comme honteuse. C'est pour cela que la confession de Jean vient interrompre la diégèse, se plaçant au milieu du roman, comme encerclé par l'hypocrisie ambiante, par des moeurs bourgeoises, incarnées par le personnage de Madame Pauque et qui fera tout pour étouffer l'affaire au détriment d'Hédwige.

Le Malfaiteur est un excellent roman, brillant dans son traitement et caractérisé par une écriture fluide qui rend la lecture agréable. On y retrouve l'homosexualité, qui hante l'oeuvre de Green et une peinture sociale acerbe, bien qu'évoquée d'une voix blanche.
J'ai personnellement été conquise et le recommande à tout ceux qui auraient envie de découvrir cet, auteur. Il me tarde d'ailleurs de lire Moïra, son plus célèbre, qui traine dans ma PAL depuis un bout de temps dejà et que je chroniquerai probablement aussi.




lundi 15 décembre 2014

Le roi disait que j'étais diable- Clara Dupont-Monod

Le roi disait que j'étais diable
Clara Dupont-Monod
Éd. Grasset, 2014, 225


L'avocat de la diablesse

    Clara Dupont-Monod a le chic pour revisiter des personnages décriés par la postérité, quand ce n'est pas par leur époque elle-même. Après le très peu sympathique roi Marc de Tristan et Yseult, l'auteur choisit un personnage d'une toute autre envergure, une femme, cette fois-ci, et de surcroît tristement célèbre. Car c'est bien Aliénor d'Aquitaine qui est au centre du nouveau roman de l'écrivain, où plutôt son premier mariage avec le monarque de France, Louis VII. Elle a alors treize ans.

    En nous transportant dans un douzième siècle gouvernée par une autre échelle de valeur, l'auteur choisit paradoxalement de nous livrer un traitement psychologique et moderne de l'Histoire.
Clara Dupont Monod dénature alors le roman historique, qui, soit dit au passage n'a d'historique que le nom, au profit de la psychologie de comptoir qui se taille la part du lion. Caractéristique de la quasi-totalité du récit, cette psychologie à deux balles accouche d'une construction terriblement ennuyeuse dont le manque d'action est caractéristique, doublée de personnages fichtrement clichés; il y a même une belle mère, c'est vous dire !

    Mais le plus triste dans toute cette histoire est peut être le portrait d'Aliénor que brosse l'auteur. L'héroïne est femme à treize ans. Emancipée, insoumise, et qui par ailleurs est la première à avoir demandé le divorce (et à l'obtenir !), elle cherche tant bien que mal à s'imposer dans une société patriarcale et religieuse, que le lecteur occidental pourrait qualifier de moyenâgeuse mais qui n'a rien à envier à notre monde arabe. Elle aurait put être un modèle, susciter une quelconque admiration. Seulement, celle qui devait jouer à l'avocat de la diablesse la livre en pâture à un public resté hermétique à ses charmes, tant Dupont-Monod la fait égocentrique, cruelle et odieuse. Reste Louis, son mari, qui au mieux nous laisse de glace, au pire suscite la pitié, voire l'agacement. Pas de brèches pour le lecteur qui n'arrive pas à se projeter, à cerner ce personnage immense qu'est Aliénor. La faute peut-être à la narration, qui, à trop vouloir montrer la séparation des personnages, rend ces derniers hermétiques au malheureux qui aurait entrepris de lire Le roi disait que j'étais diable.

    Tant pis. Aliénor nous restera fermée et insondable. Louis avait raison: La forteresse, c'était elle.

N.A

vendredi 5 décembre 2014

CHALLENGE Je vide ma bibliothèque- Session I : 1er janvier au 31 avril 2015


J'ai toujours eu du mal avec les challenges, surtout quand les objectifs ils me limitent d'une façon ou d'une autre, que ce soit à un genre ou le fait d'acheter d'autres livres. Et c'est ma Pal qui en fait les frais, et qui continue à grossir mois par mois, quand ce n'est pas plusieurs fois la semaine.
En surfant sur Livraddict, j'ai vu que Yukarie (retrouvez son blog ici) organisait un challenge avec pour but de vider sa Pal quasiment sans contrainte de genres (et sans obligation de ne plus rien acheter pour les mois à venir, ce qui est plutot pas mal, surtout à l'approche des fêtes). Le tout est de choisir une catégorie selon le nombre de livre que l'on souhaite lire (voir la liste ci dessous), et les avoir achevés d'ici la fin de la session, c'est à dire le 31 avril 2015.

- Petit joueur : 5 livres
- Timide mais je me soigne : 10 livres
- Courageux, moi ? : 15 livres
- Téméraire ! : 20 livres

Connaissant mon aversion pour la procrastination que je ne présente plus, la catégorie "Petit joueur " tombait à pic.
Je me suis donc engagée à lire cinq ouvrages d'ici avril. J'ai triché en y mettant plein de bandes-déssinées mais ma pile à lire en contient pas mal donc au final pourquoi pas.
Pour les petits curieux voilà ma liste :

Jonhatan Livingston le goéland
, Richard Bach
Amatlan, Edmond Baudoin
Les neiges bleues, Piotr Bernardski
L'herbier des fées, Sébastien Perez & Benjamin Lacombe
Sandokan le tigre de Malaisie, Hugo Pratt

Ce n'est pas énorme, ce qui ne me laisse aucune excuse. Les phrases "pas eu le temps" et "pas envie"  sont interdites. Histoire de commencer la nouvelle année comme il faut.
Et pour la peine, vous êtes tous témoins !

N.A





mardi 25 novembre 2014

"Tu mens comme on ment au théatre avec tous tes accessoires[...]. Mais je ne vais plus au théâtre Lajos. Voilà quinze ans que je ne vais plus au théâtre, que je ne vais plus nulle part. [...] Regarde moi ! La voilà la réalité ! Regarde moi dans les yeux! [...]Ma vie est finie et c'est ta faute si elle s'est déroulée ainsi, vide et mensongère; c'est ta faute si je suis restée seule comme une vieille qui a tellement économisé ses émotions qu'elle finit par adopter un chien ou un chat."

La quatrième de couverture a dit: L'Héritage d'Esther, publié en 1939, rassemble en un bref récit tout ce qui fait l'art de Márai. Retirée dans une maison qui menace ruine, engourdie dans une solitude qui la protège, une femme déjà vieillissante voit soudain ressurgir le seul homme qu'elle a aimé et qui lui a tout pris (surtout sa volonté de vivre), ou presque, avant de disparaître vingt ans plus tôt. La confrontation entre ces deux êtres complexes Esther la sage, ignorante de ses propres abîmes et Lajos l'insaisissable, séducteur et escroc est l'occasion d'un de ces face à face où l'auteur des Braises et de La Conversation de Bolzano excelle. Un face à face où le passé semble prêt à renaître de ses cendres, le temps que se joue le dernier acte du drame, puisque « la loi de ce monde veut que soit achevé ce qui a été commencé ».
La tension dramatique extrême, l'atmosphère somnambulique, l'écriture sobre et précise font de ce court roman un véritable chef-d'oeuvre. 


Ce que Gaspard dit: Étrange roman que L'Héritage d'Esther.
J'ai eu du mal à entrer dans l'univers de Màrai, du mal aussi à comprendre l'intrigue et les personnages, et ça n'arrive presque jamais. En fait c'est très perplexe que j'ai refermé ce livre.
Esther vit recluse avec une vieille gouvernante dans la maison familiale. Cette maison la protège, elle y mène une vie tranquille mais cet equilibre n'est qu'un cache misère vu que la maison menace de s'effondrer (en supposant que la dite maison reflete l'interiorité d'Esther). Puis débarque Lajos, que tout le monde dépeint comme un escroc, et pourtant autour duquel on tourne.Sa visite n'est pas gratuite. Il a pour intentions de demander à Esther d'hypothéquer sa maison pour une raison quelquonque, parce qu'elle la lui dois bien. Sa venue fait remonter les vieilles rancoeurs, les secrets de famille que l'on pensait avoir enterré avec les morts, ou que l'on croyait cachés dans quelques tiroirs secrets, ou boîte en bois de rose.
Esther sait que Lajos ment, qu'il ment comme le vent hurle. Pourtant elle se plie a la mascarade et accède à sa requête. D'où le fait que je sois extrement déconcertée d'autant plus que la principale interessée était en pleine possessions de ses moyens.
On ne peut pas être aussi con. Cela devrait être interdit.
Reste deux interpretations possibles. La première et la plus logique, serait qu'Esther soit victime de la fatalité. Cela ne semble pas improbable, si l'on considère qu'elle vit avec une gouvernante que l'on pourrait assimiler à l'eternelle poncif des tragédies raciniennes maitresse/confidente, et que la tension du roman atteint son pic dans un huis clos que l'on pourrait assimiler à la scène. En plus ce ne sont pas les allusions au théatre qui manquent. La capitulation du personnage éponyme semble alors inéluctable et n'a rien de grandiose vu qu'elle arrive a madame tout le monde.
La seconde (tirée par les cheveux mais à laquelle je m'efforce de croire) serait de voir en la capitulation d'Esther une victoire, car en donnant la maison à Lajos (je dis bien donner), cette dernière fait preuve pour la première fois de libre arbitre, et d'une pierre deux coups car la maison en elle même semble hantée par les fantômes qui minent la volonté du personnage principal.
Je n'ai pas aimé ce roman, mais avec du recul je pense arriver à mieux le cerner. Sandor Maraì qui multiplie les nons-dits pour preserver l'ambiance fumeuse de la diégèse où tout est secret, intrigue et coups fourrés, peint en quelque sorte le tragique de l'ordinaire. Un coup à être hanté par l'histoire d'Esther dans une eternelle volonté de comprendre.

N.A

lundi 3 novembre 2014

C'est Lundi

Ce blog n'est pas à jour. Il ne le sera probablement jamais, mais ca tombe bien, vous vous en foutez.
En fait les c'est lundi auquel je me plie a une fréquence nulle me permettent de faire le point sur la ou j'en suis et ils relevent plus du déballage de vie que de la prétendue et prétentieuse littérarité de ce blog.

Je n'ai rien fait de bien interessant cette semaine, la précédente non plus, si ce n'est que j'aidais mes anciens collègues à préparer l'edition 2014 du salon du livre francophone de Beyrouth et en l'occurence les cartons de ma librairie fétiche (travailler chez eux me manque énormément). Stand qui a accueilli cette année Benjamin Chaud, Mathilde Chèvre (Le port a jauni ) Emmanuel Ruben, et Eric Reinhardt ( à noter que les deux derniers sont toujours en course pour le Goncourt).

J'ai aussi participé pour la deuxieme fois au Goncourt "Choix de l'Orient" (appellation très exotique, mais les académies françaises en sont friandes, l'élection d'Amine Maalouf- qui a mon sens ne relève ni du hasard, ni du mérite- vient confirmer cette hypothèse).
Ce jeu, qui consiste en la lecture d'oeuvres figurant dans la deuxieme selection du goncourt, et qui conduit à un débat entre universitaires du Machrek lors d'une table ronde organisée par l'institut français au Salon du Livre, se solde par l'élection de l'oeuvre que les étudiants auront jugé la plus méritante. Pour ceux qui n'auraient pas encore décroché, c'est Meursault, contre enquête de Kamel Daoud qui l'a emporté, sans grande surprise, et probablement pour les mauvaises raisons (on se souvient du très faible Quatrième mur -Lire notre chronique à quatre mains ici- lauréat de l'édition de 2013). Il n'en demeure pas moins que Daoud nous livre un bon roman qui vaut le détour.

 Sinon après ce magnifique déballage de vie, revenons en à nos chats à fouetter.
En ce moment je suis sur plein de livres à la fois et regrette si mon blog n'est pas à jour (pour changer). Je ne pense pas pouvoir tous les chroniquer, mais les plus gros coups de coeur (ainsi que les plus grosses déceptions) y figureront. Le problème, c'est que le tout est noyé dans un monticule d'ouvrages critiques et de travaux à rendre, et pour lesquels je suis assez en retard. Au moins je sais sur quoi travailler pour ma note de recherche.

Qu'ai-je lu la semaine passée ?

Beaucoup de choses ! (enfin plus que d'habitude)
La semaine dernière, j'ai lu Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod. Le roman, a fond historique, tente de donner un cachet intime à la vie d'Aliénor d'Aquitaine, qu'il retrace depuis son mariage avec Louis VII et ce jusqu'a leur divorce. Je ne l'ai pas haï, simplement il n'a rien remué en moi. Le personnage d'Aliénor est tout simplement insupportable. Presque autant que celui de sa tarte de mari. Je dois une chronique la dessus pour la semaine prochaine. Vous comprendrez peut-être mieux.
Par ailleurs, j'ai été happée par Pas pleurer de Sylvie Salvayre, qui tombait à pic vu que l'on parlait de la guerre d'espagne avec un camarade avant que je ne l'entame. Le roman se fait porte voix de la guerre de 1936 et alternant celle, echantée de la mère de la narratrice, pour qui la révolution est perçue comme un vent de liberté, un moyen d'echapper au cloître du village, celle de la narratrice qui cherche à savoir, à comprendre, et surtout celle de Bernanos, qui dénonce son propre camp .
J'ai aussi lu La ligne des glaces d'Emmanuel Ruben que j'avais cité un peu plus au dessus, et "lu" est un bien grand mot. J'ai du le mettre de coté au bout de 150 pages, faute de temps, et d'engouement. En fait je reste très mitigée la dessus, donc je le lirais à tête reposée, quand j'aurais le temps, et surtout quand j'aurais mieux compris la demarche de l'ecrivain ce qui justifie le passage suivant...
*

Que suis-je en train de lire en ce moment? 

... pour continuer ce que je disais plus haut, j'ai abandonné La ligne des glaces, au profit du premier roman d'Emmanuel Ruben, Halte à Yalta. J'ai plus ou moins été attirée par l'histoire- connaissant mon aversion pour les carnets, ce n'était pas si compliqué que ça- mais ce qui m'interessse surtout, ce n'est pas tant le contenu que la manière de dire les choses. J'y retrouve un peu de la Ligne des glaces. C'est interessant de voir la progression, les obsessions de l'écrivain, les structures de l'imaginaire et les schèmes qui lui sont propres.
Sinon, je suis aussi sur L'Héritage d'Esther de Sandor Maraí pour mon cours de poétique et j'ai beau le retourner dans tous les sens, je ne sais toujours pas par quel bout le prendre.
*


Que vais-je lire ensuite ?  

J'espère terminer Halte à Yalta avant la fin de semaine pour pouvoir me pencher sur des lectures purement académiques (en espérant que je ne craque pas pour l'integrale de Mort à crédit de Céline- version illustrée par Tardi s'il vous plait-).
La semaine prochaine sera uniquement et exclusivement consacrée à Ondine de Friedrich de la Motte-Fouqué et à L'héritage d'Esther. En supposant que je finisse à temps je commencerai les Carnets d'Orient.

Et vous? que lisez-vous cette semaine?


lundi 6 octobre 2014

L’humain est un corridor étroit, il faut s’y engager pour espérer le rencontrer[…] L’humain et un corridor et tout humain pleure son ciel disparu. Un chien sait cela et c’est pour cela que son affection pour l’humain est infinie.

 Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ?


            Les mots me manquent, et ne rendent probablement pas justice à cette oeuvre énorme qu'est Anima. Je me la figure comme un puzzle complexe à reconstituer, une lecture dont on ne ressort pas indemne. L'histoire d'une reconquête.
            Si les éditeurs ont qualifié Anima de roman minotaure, c'est tout d'abord parce que son auteur, Wajdi Mouawad nous livre un récit cruel et monstrueux, où l'homo sapiens sapiens, bête pensante et apeurée, se livre aux pires crimes envers sa propre nature.
Le minotaure fait surtout écho au personnage de Wahhsh El Debch ([وحش الدبش] traduit littéralement par monstre brutal) qui découvre sa femme morte dans son appartement. Le choc fait alors rejaillir un épisode, tout aussi sombre qu'inhumain, de son existence. Une scène refoulée dans les replis de l'enfance qui va le pousser à rembobiner  le fil d’Ariane pour retrouver son identité perdue des suites d'un traumatisme indiscible. Comment alors ne pas faire le rapprochement entre l'enfant monstre de la légende, fruit de l'inavouable- inceste de Pasiphaé-, enfoui au fond du labyrinthe et la mémoire des profondeurs de Wahsh, une mémoire ensevelie, prisonnière du labyrinthe du refoulement.

La rédemption ne sera pas indolore, et Wahhsh devra à son tour libérer quelque chose d'infiniment violent pour retrouver son moi enfoui et être finalement rendu à la lumière et tendre vers le salut. 
      La narration vient corroborer ce terme de minotaure. Elle est tout simplement hybride (et donc monstrueuse) , reléguée durant les deux tiers du roman à des animaux- un cheval, une araignée, un chat et j'en passe,  ayant tous rencontré le personnage principal dans sa double quête de vérité- avant que l'homme, animal parmi les autres ne prenne le relais. Rien n'est laissé au hasard, et surtout rien n'est gratuit. C'est pour cela que je recommanderai de lire Anima deux fois. Le récit est tout bonnement magistral, chaque chapitre sent la peste et le carnage, amorçant le Grand Final. On ne m'y reprendra plus.
            La puissance d'Anima, réside par ailleurs dans la représentation et la tentative d'explication des mécanismes de la violence, thème cher aux auteurs libanais contemporains de la guerre civile de 1975, déja esquissé par Ghassan Fawaz  dans Les moi volatils des guerres perdues (paru au Seuil en 1996 ). Mouawad tente en effet de mettre des mots sur le tabou de l'endoctrinement, sur ce qui nous pousse à égorger un frère. La catharcis est aussi omniprésente dans le roman tant par le thème abordé, que par la brutalité de son traitement. L'oeuvre met aussi des mots sur l'hécatombe des camps palestiniens de Sabra et de Chatila au Liban en 1982 et pose de ce fait le problème d'une société où depuis 1991, rappelle Wajdi Mouawad, "L'amnistie  est devenue  amnésie" , et où l'ensevelissement de Wahhsh vient corroborer le déni confortable de toute une nation.
           Bien qu'il ne soit pas à mettre entre toutes les mains, ce livre reste un monument. Le roman dérange, parce que posant le doigt sur l'épicentre de notre nature. Parce qu'il donne à voir l'hybride en colère, cet enfant monstre rempli de peur enfoui en chacun de nous.
            Anima est certainement le livre que j'aurai le plus recommandé cette année, et que je recommanderai probablement pendant longtemps encore
.


                                                                                                                                      N.A








Bontée divine ! Elle est une noix pourrie, dit Mr Wonka. Sa tête a dû sonner bien creux.

Le résumé made in Gaspard: Le héros éponyme est un petit garçon dont la famille ne roule pas sur l'or et c'est peu dire. Avec un salaire pour sept, difficile en effet d'echapper à la misère et Charlie se voit obligé de dormir à même le sol et de se farcir une eternelle et peu appétissante soupe au choux a tous les repas.
La souffrance aurait pu s'arrêter là.
Mais sur le chemin de l'ecole, les effluves de la mysterieuse chocolaterie du grand Willy Wonka, artisan confiseur, viennent titiller son odorat et surtout son estomac.
Le fait est que les parents de Charlie ne peuvent se permettre que de lui acheter une seule tablette, qui constitue son seul et unique cadeau d'anniversaire.
La vie aurait pu continuer son cours jusqu'au jour où le mysterieux Mr Wonka décide d'ouvrir les portes de sa toute aussi mysterieuse chocolaterie aux cinq heureux élus qui auront trouvé les tant convoités tiquets d'or dans l'emballage d'une confiserie Wonka...



L'avis de Gaspard: Charlie et la Chocolaterie est une espèce de conte moderne.

Le héros, issu d'une famille très (très, très, très, très) pauvre, se voit donner la chance de visiter la Chocolaterie de monsieur Wonka, visite au terme de laquelle il se verra récompenser.
Seulement voila, le parcours est semé d'embûches à commencer par les quatre autres enfants, aussi insupportables les uns que les autres, qui visitent simultanément l'étrange fabrique la chocolaterie elle même, aussi enchanteresque que dangereuse, car lieu de toutes les tentations. L'epreuve ultime que le héros devra remporter, c'est la chocolaterie elle même et comment en ressortir indemne.

Le manichéïsme apparait alors comme le mot d'ordre de Roald Dahl concernant le traitement des personnages, rendant l'equation du roman simpliste: Les méchants enfants sont punis par la ou ils ont péché et Charlie, sage, à la limite du placide se fait recompenser pour toutes les souffrances endurées. Willy Wonka fait alors figure de bonne fée, en offrant à Charlie sa chocolaterie , et en y installant ses parents à l'aide du grand ascenseur en verre, d'ou le renversement de situation. 
Or c'est justement ce simplisme et cette tendance moralisatrice que nous pourrions reprocher à l'auteur, qui en limitant l'épaisseur de ses personnages rendant son intrigue beaucoup trop prévisible, et le parcours de la chocolaterie, qui devrait être une véritable explosion de saveurs se reduit à un enchainement d'actions aussi prévisibles qu'insipides.

Et c'est dommage, car les autres thèmes rapportés par le roman s'y perdent. Charlie et la chocolaterie, qui revisiterait le conte de Cendrillon, traite de sujets plus serieux, et nous ne pouvons nous empecher de voir dans les Oompa Loompas une allusion à l'esclavage, et dans l'ascenseur en verre une représentation à peine déguisée de l'ascenseur social. L'ironie est bel et bien présente, mais pas assez mordante, et l'auteur déçoit si l'on compare le roman a Mathilda.

Charlie et la chocolaterie aura au moins eu le mérite de m'avoir fait manger du chocolat. Et comme pour le roman, je crois que ce n'est pas trop mon truc.

                                                                                                                                               N.A

samedi 20 septembre 2014

"Je peuple ma solitude d'autres solitudes et, dans la froide multiplication de mes relations, rien ne fait en sorte que cela change."


Giulio Minghini, Fake, Éditions Allia, 2009, 138 pp.
Des suites de sa rupture avec Judith, le narrateur, un jeune italien installé à Paris s'inscrit, sur les conseils d'une ancienne maîtresse, sur un site de rencontre fondé sur les affinités culturelles.
Il découvre alors une sorte d'univers parallèle, dont il sera vite prisonnier.


Dans Fake- une autofiction, encore- Giulio Minghini brosse un tableau dystopique des sites de rencontre.
Le narrateur (dont on ne connaitra jamais le nom) dénigre tout d'abord les règles du jeu, par une critique cinglante de la pseudo faune bobo-artistique-gauchiste qui évolue sur point communs, avant de basculer dans l'abîme, et la manipulation qu'elle suppose.
Car le protagoniste n'est plus lui même. En souffrance, et cherchant à combler le vide, il s'incrit d'abord dans l'espoir d'oublier Judith. Mais très vite, ses intentions sont perverties par les facilités qu'offre le site en question. Facilité dans le fait d'aborder l'autre en quelques clics, mais surtout la simplicité du mensonge qui apparait comme monnaie courante. Il troque son interioritée contre une modélisation virtuelle de son âme appelée Delacero pour cummuler les rendez-vous, la plupart sans lendemain dont il gonfle ensuite son tableau de chasse. Mais la solitude du personnage est un tonneau des Danaïdes. Il est comblé, le temps d'un instant, lors de rencontres organisées entre deux chats, mais qui le ramènent inéluctablement devant son ordinateur.
Le problème est toujours là, il a juste été déplacé. La solitude devient numérique.

Le traitement de l'histoire est assez interessant en lui même, du fait que le personnage ne peut pas enlever un masque qui finit par lui ronger le visage. Parallèlement, et dans la multiplicité de ses rencontres il découvre que l'experience physique et complétement différente de celle de l'écriture, relevant toutes deux d'une spacio-temporalité différente. Son incapacité à jouer sur les deux tableaux, sa terrible lucidité, acouchent d'une écriture froide, qui pourraient rebuter le lecteur quand le héros atteint un point de non-retour. Le style est cinglant, très cru. Le personnage est ce que l'on appellerait vulgairement une ordure. Le dégout qu'il sucite est un puits sans fond, qui nous amène à oublier que son cynisme n'est que la manifestation maladroite d'une terrible détresse.


C'est déboussolée que je referme ce livre, au terme d'un long voyage au bout de la solitude humaine, certains instants sont tellements réalistes qu'il est parfois difficile de soutenir son propre reflet dans la psychée de Fake, laquelle nous montre nus, tels que nous refusons parfois de nous voir.
À bon entendeur.

N.A