lundi 15 décembre 2014

Le roi disait que j'étais diable- Clara Dupont-Monod

Le roi disait que j'étais diable
Clara Dupont-Monod
Éd. Grasset, 2014, 225


L'avocat de la diablesse

    Clara Dupont-Monod a le chic pour revisiter des personnages décriés par la postérité, quand ce n'est pas par leur époque elle-même. Après le très peu sympathique roi Marc de Tristan et Yseult, l'auteur choisit un personnage d'une toute autre envergure, une femme, cette fois-ci, et de surcroît tristement célèbre. Car c'est bien Aliénor d'Aquitaine qui est au centre du nouveau roman de l'écrivain, où plutôt son premier mariage avec le monarque de France, Louis VII. Elle a alors treize ans.

    En nous transportant dans un douzième siècle gouvernée par une autre échelle de valeur, l'auteur choisit paradoxalement de nous livrer un traitement psychologique et moderne de l'Histoire.
Clara Dupont Monod dénature alors le roman historique, qui, soit dit au passage n'a d'historique que le nom, au profit de la psychologie de comptoir qui se taille la part du lion. Caractéristique de la quasi-totalité du récit, cette psychologie à deux balles accouche d'une construction terriblement ennuyeuse dont le manque d'action est caractéristique, doublée de personnages fichtrement clichés; il y a même une belle mère, c'est vous dire !

    Mais le plus triste dans toute cette histoire est peut être le portrait d'Aliénor que brosse l'auteur. L'héroïne est femme à treize ans. Emancipée, insoumise, et qui par ailleurs est la première à avoir demandé le divorce (et à l'obtenir !), elle cherche tant bien que mal à s'imposer dans une société patriarcale et religieuse, que le lecteur occidental pourrait qualifier de moyenâgeuse mais qui n'a rien à envier à notre monde arabe. Elle aurait put être un modèle, susciter une quelconque admiration. Seulement, celle qui devait jouer à l'avocat de la diablesse la livre en pâture à un public resté hermétique à ses charmes, tant Dupont-Monod la fait égocentrique, cruelle et odieuse. Reste Louis, son mari, qui au mieux nous laisse de glace, au pire suscite la pitié, voire l'agacement. Pas de brèches pour le lecteur qui n'arrive pas à se projeter, à cerner ce personnage immense qu'est Aliénor. La faute peut-être à la narration, qui, à trop vouloir montrer la séparation des personnages, rend ces derniers hermétiques au malheureux qui aurait entrepris de lire Le roi disait que j'étais diable.

    Tant pis. Aliénor nous restera fermée et insondable. Louis avait raison: La forteresse, c'était elle.

N.A

vendredi 5 décembre 2014

CHALLENGE Je vide ma bibliothèque- Session I : 1er janvier au 31 avril 2015


J'ai toujours eu du mal avec les challenges, surtout quand les objectifs ils me limitent d'une façon ou d'une autre, que ce soit à un genre ou le fait d'acheter d'autres livres. Et c'est ma Pal qui en fait les frais, et qui continue à grossir mois par mois, quand ce n'est pas plusieurs fois la semaine.
En surfant sur Livraddict, j'ai vu que Yukarie (retrouvez son blog ici) organisait un challenge avec pour but de vider sa Pal quasiment sans contrainte de genres (et sans obligation de ne plus rien acheter pour les mois à venir, ce qui est plutot pas mal, surtout à l'approche des fêtes). Le tout est de choisir une catégorie selon le nombre de livre que l'on souhaite lire (voir la liste ci dessous), et les avoir achevés d'ici la fin de la session, c'est à dire le 31 avril 2015.

- Petit joueur : 5 livres
- Timide mais je me soigne : 10 livres
- Courageux, moi ? : 15 livres
- Téméraire ! : 20 livres

Connaissant mon aversion pour la procrastination que je ne présente plus, la catégorie "Petit joueur " tombait à pic.
Je me suis donc engagée à lire cinq ouvrages d'ici avril. J'ai triché en y mettant plein de bandes-déssinées mais ma pile à lire en contient pas mal donc au final pourquoi pas.
Pour les petits curieux voilà ma liste :

Jonhatan Livingston le goéland
, Richard Bach
Amatlan, Edmond Baudoin
Les neiges bleues, Piotr Bernardski
L'herbier des fées, Sébastien Perez & Benjamin Lacombe
Sandokan le tigre de Malaisie, Hugo Pratt

Ce n'est pas énorme, ce qui ne me laisse aucune excuse. Les phrases "pas eu le temps" et "pas envie"  sont interdites. Histoire de commencer la nouvelle année comme il faut.
Et pour la peine, vous êtes tous témoins !

N.A





mardi 25 novembre 2014

"Tu mens comme on ment au théatre avec tous tes accessoires[...]. Mais je ne vais plus au théâtre Lajos. Voilà quinze ans que je ne vais plus au théâtre, que je ne vais plus nulle part. [...] Regarde moi ! La voilà la réalité ! Regarde moi dans les yeux! [...]Ma vie est finie et c'est ta faute si elle s'est déroulée ainsi, vide et mensongère; c'est ta faute si je suis restée seule comme une vieille qui a tellement économisé ses émotions qu'elle finit par adopter un chien ou un chat."

La quatrième de couverture a dit: L'Héritage d'Esther, publié en 1939, rassemble en un bref récit tout ce qui fait l'art de Márai. Retirée dans une maison qui menace ruine, engourdie dans une solitude qui la protège, une femme déjà vieillissante voit soudain ressurgir le seul homme qu'elle a aimé et qui lui a tout pris (surtout sa volonté de vivre), ou presque, avant de disparaître vingt ans plus tôt. La confrontation entre ces deux êtres complexes Esther la sage, ignorante de ses propres abîmes et Lajos l'insaisissable, séducteur et escroc est l'occasion d'un de ces face à face où l'auteur des Braises et de La Conversation de Bolzano excelle. Un face à face où le passé semble prêt à renaître de ses cendres, le temps que se joue le dernier acte du drame, puisque « la loi de ce monde veut que soit achevé ce qui a été commencé ».
La tension dramatique extrême, l'atmosphère somnambulique, l'écriture sobre et précise font de ce court roman un véritable chef-d'oeuvre. 


Ce que Gaspard dit: Étrange roman que L'Héritage d'Esther.
J'ai eu du mal à entrer dans l'univers de Màrai, du mal aussi à comprendre l'intrigue et les personnages, et ça n'arrive presque jamais. En fait c'est très perplexe que j'ai refermé ce livre.
Esther vit recluse avec une vieille gouvernante dans la maison familiale. Cette maison la protège, elle y mène une vie tranquille mais cet equilibre n'est qu'un cache misère vu que la maison menace de s'effondrer (en supposant que la dite maison reflete l'interiorité d'Esther). Puis débarque Lajos, que tout le monde dépeint comme un escroc, et pourtant autour duquel on tourne.Sa visite n'est pas gratuite. Il a pour intentions de demander à Esther d'hypothéquer sa maison pour une raison quelquonque, parce qu'elle la lui dois bien. Sa venue fait remonter les vieilles rancoeurs, les secrets de famille que l'on pensait avoir enterré avec les morts, ou que l'on croyait cachés dans quelques tiroirs secrets, ou boîte en bois de rose.
Esther sait que Lajos ment, qu'il ment comme le vent hurle. Pourtant elle se plie a la mascarade et accède à sa requête. D'où le fait que je sois extrement déconcertée d'autant plus que la principale interessée était en pleine possessions de ses moyens.
On ne peut pas être aussi con. Cela devrait être interdit.
Reste deux interpretations possibles. La première et la plus logique, serait qu'Esther soit victime de la fatalité. Cela ne semble pas improbable, si l'on considère qu'elle vit avec une gouvernante que l'on pourrait assimiler à l'eternelle poncif des tragédies raciniennes maitresse/confidente, et que la tension du roman atteint son pic dans un huis clos que l'on pourrait assimiler à la scène. En plus ce ne sont pas les allusions au théatre qui manquent. La capitulation du personnage éponyme semble alors inéluctable et n'a rien de grandiose vu qu'elle arrive a madame tout le monde.
La seconde (tirée par les cheveux mais à laquelle je m'efforce de croire) serait de voir en la capitulation d'Esther une victoire, car en donnant la maison à Lajos (je dis bien donner), cette dernière fait preuve pour la première fois de libre arbitre, et d'une pierre deux coups car la maison en elle même semble hantée par les fantômes qui minent la volonté du personnage principal.
Je n'ai pas aimé ce roman, mais avec du recul je pense arriver à mieux le cerner. Sandor Maraì qui multiplie les nons-dits pour preserver l'ambiance fumeuse de la diégèse où tout est secret, intrigue et coups fourrés, peint en quelque sorte le tragique de l'ordinaire. Un coup à être hanté par l'histoire d'Esther dans une eternelle volonté de comprendre.

N.A

lundi 3 novembre 2014

C'est Lundi

Ce blog n'est pas à jour. Il ne le sera probablement jamais, mais ca tombe bien, vous vous en foutez.
En fait les c'est lundi auquel je me plie a une fréquence nulle me permettent de faire le point sur la ou j'en suis et ils relevent plus du déballage de vie que de la prétendue et prétentieuse littérarité de ce blog.

Je n'ai rien fait de bien interessant cette semaine, la précédente non plus, si ce n'est que j'aidais mes anciens collègues à préparer l'edition 2014 du salon du livre francophone de Beyrouth et en l'occurence les cartons de ma librairie fétiche (travailler chez eux me manque énormément). Stand qui a accueilli cette année Benjamin Chaud, Mathilde Chèvre (Le port a jauni ) Emmanuel Ruben, et Eric Reinhardt ( à noter que les deux derniers sont toujours en course pour le Goncourt).

J'ai aussi participé pour la deuxieme fois au Goncourt "Choix de l'Orient" (appellation très exotique, mais les académies françaises en sont friandes, l'élection d'Amine Maalouf- qui a mon sens ne relève ni du hasard, ni du mérite- vient confirmer cette hypothèse).
Ce jeu, qui consiste en la lecture d'oeuvres figurant dans la deuxieme selection du goncourt, et qui conduit à un débat entre universitaires du Machrek lors d'une table ronde organisée par l'institut français au Salon du Livre, se solde par l'élection de l'oeuvre que les étudiants auront jugé la plus méritante. Pour ceux qui n'auraient pas encore décroché, c'est Meursault, contre enquête de Kamel Daoud qui l'a emporté, sans grande surprise, et probablement pour les mauvaises raisons (on se souvient du très faible Quatrième mur -Lire notre chronique à quatre mains ici- lauréat de l'édition de 2013). Il n'en demeure pas moins que Daoud nous livre un bon roman qui vaut le détour.

 Sinon après ce magnifique déballage de vie, revenons en à nos chats à fouetter.
En ce moment je suis sur plein de livres à la fois et regrette si mon blog n'est pas à jour (pour changer). Je ne pense pas pouvoir tous les chroniquer, mais les plus gros coups de coeur (ainsi que les plus grosses déceptions) y figureront. Le problème, c'est que le tout est noyé dans un monticule d'ouvrages critiques et de travaux à rendre, et pour lesquels je suis assez en retard. Au moins je sais sur quoi travailler pour ma note de recherche.

Qu'ai-je lu la semaine passée ?

Beaucoup de choses ! (enfin plus que d'habitude)
La semaine dernière, j'ai lu Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod. Le roman, a fond historique, tente de donner un cachet intime à la vie d'Aliénor d'Aquitaine, qu'il retrace depuis son mariage avec Louis VII et ce jusqu'a leur divorce. Je ne l'ai pas haï, simplement il n'a rien remué en moi. Le personnage d'Aliénor est tout simplement insupportable. Presque autant que celui de sa tarte de mari. Je dois une chronique la dessus pour la semaine prochaine. Vous comprendrez peut-être mieux.
Par ailleurs, j'ai été happée par Pas pleurer de Sylvie Salvayre, qui tombait à pic vu que l'on parlait de la guerre d'espagne avec un camarade avant que je ne l'entame. Le roman se fait porte voix de la guerre de 1936 et alternant celle, echantée de la mère de la narratrice, pour qui la révolution est perçue comme un vent de liberté, un moyen d'echapper au cloître du village, celle de la narratrice qui cherche à savoir, à comprendre, et surtout celle de Bernanos, qui dénonce son propre camp .
J'ai aussi lu La ligne des glaces d'Emmanuel Ruben que j'avais cité un peu plus au dessus, et "lu" est un bien grand mot. J'ai du le mettre de coté au bout de 150 pages, faute de temps, et d'engouement. En fait je reste très mitigée la dessus, donc je le lirais à tête reposée, quand j'aurais le temps, et surtout quand j'aurais mieux compris la demarche de l'ecrivain ce qui justifie le passage suivant...
*

Que suis-je en train de lire en ce moment? 

... pour continuer ce que je disais plus haut, j'ai abandonné La ligne des glaces, au profit du premier roman d'Emmanuel Ruben, Halte à Yalta. J'ai plus ou moins été attirée par l'histoire- connaissant mon aversion pour les carnets, ce n'était pas si compliqué que ça- mais ce qui m'interessse surtout, ce n'est pas tant le contenu que la manière de dire les choses. J'y retrouve un peu de la Ligne des glaces. C'est interessant de voir la progression, les obsessions de l'écrivain, les structures de l'imaginaire et les schèmes qui lui sont propres.
Sinon, je suis aussi sur L'Héritage d'Esther de Sandor Maraí pour mon cours de poétique et j'ai beau le retourner dans tous les sens, je ne sais toujours pas par quel bout le prendre.
*


Que vais-je lire ensuite ?  

J'espère terminer Halte à Yalta avant la fin de semaine pour pouvoir me pencher sur des lectures purement académiques (en espérant que je ne craque pas pour l'integrale de Mort à crédit de Céline- version illustrée par Tardi s'il vous plait-).
La semaine prochaine sera uniquement et exclusivement consacrée à Ondine de Friedrich de la Motte-Fouqué et à L'héritage d'Esther. En supposant que je finisse à temps je commencerai les Carnets d'Orient.

Et vous? que lisez-vous cette semaine?


lundi 6 octobre 2014

L’humain est un corridor étroit, il faut s’y engager pour espérer le rencontrer[…] L’humain et un corridor et tout humain pleure son ciel disparu. Un chien sait cela et c’est pour cela que son affection pour l’humain est infinie.

 Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ?


            Les mots me manquent, et ne rendent probablement pas justice à cette oeuvre énorme qu'est Anima. Je me la figure comme un puzzle complexe à reconstituer, une lecture dont on ne ressort pas indemne. L'histoire d'une reconquête.
            Si les éditeurs ont qualifié Anima de roman minotaure, c'est tout d'abord parce que son auteur, Wajdi Mouawad nous livre un récit cruel et monstrueux, où l'homo sapiens sapiens, bête pensante et apeurée, se livre aux pires crimes envers sa propre nature.
Le minotaure fait surtout écho au personnage de Wahhsh El Debch ([وحش الدبش] traduit littéralement par monstre brutal) qui découvre sa femme morte dans son appartement. Le choc fait alors rejaillir un épisode, tout aussi sombre qu'inhumain, de son existence. Une scène refoulée dans les replis de l'enfance qui va le pousser à rembobiner  le fil d’Ariane pour retrouver son identité perdue des suites d'un traumatisme indiscible. Comment alors ne pas faire le rapprochement entre l'enfant monstre de la légende, fruit de l'inavouable- inceste de Pasiphaé-, enfoui au fond du labyrinthe et la mémoire des profondeurs de Wahsh, une mémoire ensevelie, prisonnière du labyrinthe du refoulement.

La rédemption ne sera pas indolore, et Wahhsh devra à son tour libérer quelque chose d'infiniment violent pour retrouver son moi enfoui et être finalement rendu à la lumière et tendre vers le salut. 
      La narration vient corroborer ce terme de minotaure. Elle est tout simplement hybride (et donc monstrueuse) , reléguée durant les deux tiers du roman à des animaux- un cheval, une araignée, un chat et j'en passe,  ayant tous rencontré le personnage principal dans sa double quête de vérité- avant que l'homme, animal parmi les autres ne prenne le relais. Rien n'est laissé au hasard, et surtout rien n'est gratuit. C'est pour cela que je recommanderai de lire Anima deux fois. Le récit est tout bonnement magistral, chaque chapitre sent la peste et le carnage, amorçant le Grand Final. On ne m'y reprendra plus.
            La puissance d'Anima, réside par ailleurs dans la représentation et la tentative d'explication des mécanismes de la violence, thème cher aux auteurs libanais contemporains de la guerre civile de 1975, déja esquissé par Ghassan Fawaz  dans Les moi volatils des guerres perdues (paru au Seuil en 1996 ). Mouawad tente en effet de mettre des mots sur le tabou de l'endoctrinement, sur ce qui nous pousse à égorger un frère. La catharcis est aussi omniprésente dans le roman tant par le thème abordé, que par la brutalité de son traitement. L'oeuvre met aussi des mots sur l'hécatombe des camps palestiniens de Sabra et de Chatila au Liban en 1982 et pose de ce fait le problème d'une société où depuis 1991, rappelle Wajdi Mouawad, "L'amnistie  est devenue  amnésie" , et où l'ensevelissement de Wahhsh vient corroborer le déni confortable de toute une nation.
           Bien qu'il ne soit pas à mettre entre toutes les mains, ce livre reste un monument. Le roman dérange, parce que posant le doigt sur l'épicentre de notre nature. Parce qu'il donne à voir l'hybride en colère, cet enfant monstre rempli de peur enfoui en chacun de nous.
            Anima est certainement le livre que j'aurai le plus recommandé cette année, et que je recommanderai probablement pendant longtemps encore
.


                                                                                                                                      N.A








Bontée divine ! Elle est une noix pourrie, dit Mr Wonka. Sa tête a dû sonner bien creux.

Le résumé made in Gaspard: Le héros éponyme est un petit garçon dont la famille ne roule pas sur l'or et c'est peu dire. Avec un salaire pour sept, difficile en effet d'echapper à la misère et Charlie se voit obligé de dormir à même le sol et de se farcir une eternelle et peu appétissante soupe au choux a tous les repas.
La souffrance aurait pu s'arrêter là.
Mais sur le chemin de l'ecole, les effluves de la mysterieuse chocolaterie du grand Willy Wonka, artisan confiseur, viennent titiller son odorat et surtout son estomac.
Le fait est que les parents de Charlie ne peuvent se permettre que de lui acheter une seule tablette, qui constitue son seul et unique cadeau d'anniversaire.
La vie aurait pu continuer son cours jusqu'au jour où le mysterieux Mr Wonka décide d'ouvrir les portes de sa toute aussi mysterieuse chocolaterie aux cinq heureux élus qui auront trouvé les tant convoités tiquets d'or dans l'emballage d'une confiserie Wonka...



L'avis de Gaspard: Charlie et la Chocolaterie est une espèce de conte moderne.

Le héros, issu d'une famille très (très, très, très, très) pauvre, se voit donner la chance de visiter la Chocolaterie de monsieur Wonka, visite au terme de laquelle il se verra récompenser.
Seulement voila, le parcours est semé d'embûches à commencer par les quatre autres enfants, aussi insupportables les uns que les autres, qui visitent simultanément l'étrange fabrique la chocolaterie elle même, aussi enchanteresque que dangereuse, car lieu de toutes les tentations. L'epreuve ultime que le héros devra remporter, c'est la chocolaterie elle même et comment en ressortir indemne.

Le manichéïsme apparait alors comme le mot d'ordre de Roald Dahl concernant le traitement des personnages, rendant l'equation du roman simpliste: Les méchants enfants sont punis par la ou ils ont péché et Charlie, sage, à la limite du placide se fait recompenser pour toutes les souffrances endurées. Willy Wonka fait alors figure de bonne fée, en offrant à Charlie sa chocolaterie , et en y installant ses parents à l'aide du grand ascenseur en verre, d'ou le renversement de situation. 
Or c'est justement ce simplisme et cette tendance moralisatrice que nous pourrions reprocher à l'auteur, qui en limitant l'épaisseur de ses personnages rendant son intrigue beaucoup trop prévisible, et le parcours de la chocolaterie, qui devrait être une véritable explosion de saveurs se reduit à un enchainement d'actions aussi prévisibles qu'insipides.

Et c'est dommage, car les autres thèmes rapportés par le roman s'y perdent. Charlie et la chocolaterie, qui revisiterait le conte de Cendrillon, traite de sujets plus serieux, et nous ne pouvons nous empecher de voir dans les Oompa Loompas une allusion à l'esclavage, et dans l'ascenseur en verre une représentation à peine déguisée de l'ascenseur social. L'ironie est bel et bien présente, mais pas assez mordante, et l'auteur déçoit si l'on compare le roman a Mathilda.

Charlie et la chocolaterie aura au moins eu le mérite de m'avoir fait manger du chocolat. Et comme pour le roman, je crois que ce n'est pas trop mon truc.

                                                                                                                                               N.A

samedi 20 septembre 2014

"Je peuple ma solitude d'autres solitudes et, dans la froide multiplication de mes relations, rien ne fait en sorte que cela change."


Giulio Minghini, Fake, Éditions Allia, 2009, 138 pp.
Des suites de sa rupture avec Judith, le narrateur, un jeune italien installé à Paris s'inscrit, sur les conseils d'une ancienne maîtresse, sur un site de rencontre fondé sur les affinités culturelles.
Il découvre alors une sorte d'univers parallèle, dont il sera vite prisonnier.


Dans Fake- une autofiction, encore- Giulio Minghini brosse un tableau dystopique des sites de rencontre.
Le narrateur (dont on ne connaitra jamais le nom) dénigre tout d'abord les règles du jeu, par une critique cinglante de la pseudo faune bobo-artistique-gauchiste qui évolue sur point communs, avant de basculer dans l'abîme, et la manipulation qu'elle suppose.
Car le protagoniste n'est plus lui même. En souffrance, et cherchant à combler le vide, il s'incrit d'abord dans l'espoir d'oublier Judith. Mais très vite, ses intentions sont perverties par les facilités qu'offre le site en question. Facilité dans le fait d'aborder l'autre en quelques clics, mais surtout la simplicité du mensonge qui apparait comme monnaie courante. Il troque son interioritée contre une modélisation virtuelle de son âme appelée Delacero pour cummuler les rendez-vous, la plupart sans lendemain dont il gonfle ensuite son tableau de chasse. Mais la solitude du personnage est un tonneau des Danaïdes. Il est comblé, le temps d'un instant, lors de rencontres organisées entre deux chats, mais qui le ramènent inéluctablement devant son ordinateur.
Le problème est toujours là, il a juste été déplacé. La solitude devient numérique.

Le traitement de l'histoire est assez interessant en lui même, du fait que le personnage ne peut pas enlever un masque qui finit par lui ronger le visage. Parallèlement, et dans la multiplicité de ses rencontres il découvre que l'experience physique et complétement différente de celle de l'écriture, relevant toutes deux d'une spacio-temporalité différente. Son incapacité à jouer sur les deux tableaux, sa terrible lucidité, acouchent d'une écriture froide, qui pourraient rebuter le lecteur quand le héros atteint un point de non-retour. Le style est cinglant, très cru. Le personnage est ce que l'on appellerait vulgairement une ordure. Le dégout qu'il sucite est un puits sans fond, qui nous amène à oublier que son cynisme n'est que la manifestation maladroite d'une terrible détresse.


C'est déboussolée que je referme ce livre, au terme d'un long voyage au bout de la solitude humaine, certains instants sont tellements réalistes qu'il est parfois difficile de soutenir son propre reflet dans la psychée de Fake, laquelle nous montre nus, tels que nous refusons parfois de nous voir.
À bon entendeur.

N.A





lundi 21 juillet 2014

Battle Royale- Koushun Takami & Masayuki Tagushi

Ce que c'est:

        Imaginez vous vivant sous une espèce de dictature au nom pompeux de "République de l'Est". Une dictature qui redoute un coup d'état, et surtout la jeunesse, plus encline a se poser les bonnes questions.
         Maintenant, fermez les yeux bien fort et imaginez que ladite dictature crée une "loi" pour vous dissuader de la renverser. Une loi appelée Battle Royale qui consiste à kidnapper chaque année une classe de troisieme et de les enmener loin de chez eux (de préférence sur une ile prévue pour ce qui va suivre)...
        ...pour ensuite les forcer à s'entretuer dans une espece de jeu macabre où le vainqueur devrait avoir tué tous ses petits camarades de classe pour esperer gagner le jeu et rentrer chez lui.

Miam miam !

Le manga est une adaptation du roman de Koushun Takami (du même nom). Il y a même eu un film (que j'ai trouvé génial et dont je parlerai si jamais j'ai l'occasion de le revoir). Et plus récement, Hunger Games, mais rien que d'écrire ce nom sur cette page me donne l'impression de la polluer donc je ne vais pas prolonger la torture plus longtemps.   

Ce que le Céphalopode en pense:

Je l'ai lu il y a des années déjà. Les impressions qu'il m'en reste ne sont plus très "fraiches", mais demeurent des souvenirs, une espèce d'engouement acharné pour un manga qui changeait des shojo à la Nana que je lisais.

Sur le coup j'avais trouvé l'intrigue géniale, une espèce de sublimation. En le relisant, toujours la même reaction. Pas de noeud à la gorge, juste un plaisir malsain à tourner les pages.

Le concept est rudement bien pensé:

   -Les armes sont distribuées au hasard, et le facteur chance joue beaucoup (l'inventaire va de la  kalashnikov à la fourchette, en passant par des objets complètement inutiles genre mégaphone- qui soit dit en passant est une grosse arnaque, et qui allait forcément tomber entre les mains d'une cruche-)
   - Les collégiens sont munis chacun d'un collier sensé donner la position de chaque élève aux organisateurs: Bourré d'explosif, il se déclenche lorsqu'on essaye de s'en défaire (ou de s'enfuir).
Mes parents aurait du tenter la même chose pour surveiller mes allées et venues le soir.
  - Ce collier est un petit bijou de technologie. Si personne n'est tué en 24 heures, les colliers de tous les belligérants explosent. Histoire d'enterrer une bonne fois pour toute les ideaux pacifiques.
  - J'allais oublier de préciser que l'île qui sert d'arène est délimitée en zones. Plus le temps passe et plus lesdites zones deviennent interdites. En somme, si vous mettez les pieds dans ces no-man's land, votre collier explose et votre voisin de table aura toute les chances de retrouver votre tête à quelques mètres de là.

Les grandes lignes sont solides. Aucune issue possible. A première vue ça avait tout pour me plaire.

Bien que n'étant pas fan du dessin (J'ai trouvé les personnages hideux, des espèces de pantins hydrocéphales, Balthus peut aller se rhabiller), le support de cette adaptation la rend très graphique genre sex, gore and mass shooting, (les paysages étaient plus que très reussis mais on s'en foutait parce que ce qui nous interessait vraiment c'etait le sang et les nanas à poil) . 

    C'était trop beau pour être vrai, il fallait bien que ça s'enraye quelque part. En fait ca coincé tres vite. A cause des personnages qui vont de insignifiants à tout à fait insuportables. Je m'explique:
D'un coté il y a les "gentils"...: Shuya Nanahara et sa copine Noriko, le rockeur pacifiste et la lèche-cul de service. Deux grosses tartes; le genre à se foutre dans des situations impossibles au noble nom de ce que j'appellerai la dignité humaine. Attendrissants et altruistes au possible. A la limite du dégoulinant. On aurait même envie de leur foutre des claques pour qu'ils se ressaisissent un peu.
... et les grands méchants, genre Kiriyama insensible et ses super-pouvoirs de power-ranger le rendant indestructible, et de ce fait, monstrueusement superficiel et ennuyeux.
Pour sortir du manichéisme, il y a aussi les monsieur tout le monde, en apparence sans histoires mais ayant choisi de se plier aux règles du jeu, monsieurs-tout-le-monde qui auraient mérité d'être exploité plus largement mais qui, à défaut de cela, se sont révélés beaucoup trop archétypaux.
Il devait y avoir une réelle volonté de nuancer entre les gentils et les méchants, mais l'auteur se contente  hélas de superposer les drames, jalonnant le passé des personnages pour tenter d'expliquer la transformation d'une gamine dans histoire à serial-killeuse: Sôma, violée à répétition durant son enfance (une fois n'est pas coutume, et il faut croire que ca ne suffisait pas à attendrir le lecteur), et rendue antisociale des suites du traumatisme, devient vite un pretexte pour pimenter l'histoire à coup de sexe, survolant les mécanismes de la violence en les noyant dans le voyeurisme malsain. Trop de trop tue le trop et c'est bien dommage.

Le dénouement est prévisible dans les grandes lignes mais surprenant dans le traitement.
Au final, je dirais que j'aurais pu apprécier le manga si l'auteur n'en avait pas fait un tourne-page commercial, mièvre et sentimental au possible force de ficelles tellement grosses que le lecteur ne peut pas se faire sa propre opinion sur les personnages, poussés jusqu'à la caricature à gros coups de sentimentalisme.

Plein de bonnes intentions étouffées dans l'oeuf. Il vaudrait mieux lire le roman, plus sec certes, mais bienvenu apres cette overdose de pathos.
                                          
                                                                                                                                        NA

dimanche 20 juillet 2014

Chrono-Chronique: Mémoires d'outre-espace (histoires courtes 1974 / 1977)- Enki Bilal



Couverture Mémoires d'outre-espace
Fan de Bilal depuis Monstre et Julia et Roem, et surtout pour son coup de crayon, je me suis précipitée dessus . On voit dès lors le gout manifeste de Bilal pour la science fiction, et adepte des dystopies futuristiques je n'ai pas eu trop de mal à m'y plonger. La BD se présente sous la forme de plusieurs nouvelles, certaines très bonnes au niveau de l'intrigue, et d'autres qu'on citera moins car a peine passable.
Histoires à chutes donc, un humour mordant. On rit (jaune), certaines idées sont bien trouvées, un eventail de thèmes tente d'enrichir le recueil (colonisateur et colonisé, rapport de force, l'homme et la machine, le pouvoir et sa propagande, le moi, l'altérité et la violence qui en découle; la relativité, surtout la relativité). Les Mémoires d'outre espace sont en fait très actuelles en supposant qu'elles soient transposées dans l'autre ailleurs. Et c'est la toute la force de Bilal qui l'air de rien décappe par le rire, mine le langage pour mieux l'éclater, et qui par son traitement de l'histoire rase les certitudes à coup de violence radiante. Une sorte de purge pour entamer la reconstruction.
Pourtant on se lasse vite. Peut être que le mécanisme (de chutes justement) perd de son intensité force de répétitions et que ses engrenages coincent. Passé la surprise de Drame Colonial  (la première nouvelle) j'ai eu tendance à trouver le reste trop simpliste, sur 8 nouvelles, je n'en retiendrai que 4. Le dessin est magnifique, mais ne rattrape pas la faiblesse de certains schémas,.. Peut être que la lecture espacée de ces Mémoires d'Outre-Espace aurait été plus favorable pour porter un regard neuf sur chaque nouvelle, sans les attentes vis a vis des précédentes, et sans les déceptions. C'est dommage, Bilal commence fort puis s'essoufle pour se rattrapper au 8eme volet, mais il est trop tard pour le lecteur, déja refroidi.
Je l'ai quand même emporté avec moi. En tant que fan, rien de plus.
                                  
                                                                                                                                            NA

samedi 19 juillet 2014

Au Revoir Là Haut- Pierre Lemaitre



"Médiocre en tout, presque toujours ridicule, Labourdin était le genre d'homme qu'on pouvait placer n'importe où, qui se montrait dévoué, une bête de somme, on pouvait tout lui demander. Sauf d'être intelligent, immense bénéfice."

"Avant guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvait banale vue de face, mais très jolie vue de dot"

                                        *          *           *
La parution d'Au Revoir Là Haut à un an de la commémoration de la Grande Guerre de 14-18 tient beaucoup du coup de marketing.
Peut-être.
Il n'en demeure pas moins que Pierre Lemaitre, auteur de nombreux polars se tourne vers un genre considéré plus "noble" dans la hiérarchie littéraire, le remanie a sa sauce, et ca marche ! Le lecteur découvre, pour son plus grand bonheur, un roman de l'après guerre qui défie les conventions de la bienséance, et qui prouve bien que l'on peut rire de tout et surtout jaune.

Pour esquisser les grandes lignes de l'histoire,
Albert et Édouard, tous deux engagés au front lors de la guerre de 14-18, voient leurs destins se lier sur le champ de bataille, lorsqu'Édouard sauve Albert in extremis.
Après la démobilisation, ils deviennent les parias d'une société qui refuse de les intégrer et tentent de reconquérir leurs places en montant une arnaque qui secouera toute la France.

Que dire de ce roman?

Tout d'abord qu'il faut s'y accrocher.
Le récit, pourtant vivace ne parvient pas à racheter les quelques longueurs bardant la première et la deuxième partie de l'ouvrage où l'auteur multiplie les vérismes quant aux portraits psychologiques des personnages, ralentissant ainsi considérablement la narration, au déplaisir de certains, à commencer par votre humble serviteur. Bah, cela aura au moins le merite de rendre les personnages épais, tellement epais que le risque d'y devenir hermetique pointe. Mais je m'étale.


Et pourtant j'ai tenu. D'abord parce qu'Au Revoir Là Haut est tres riche d'un point de vue symbolique, et s'inspire de la tradition antique: Complexe de Charon, metaphore du Styx, Cheval psychopompe. Ensuite parce que ses deux protagonistes font écho au tandem "Sancho Panza-Don Quichote"
:

" Le noble chevalier, l’idéaliste, [...] le rêveur qui prend ses hallucinations pour la réalité, le fantasque, le maître et son valet, les pieds sur terre, le valet prosaïque. C’est un couple que nous retrouvons encore dans notre réalité, à la fois alliés et adversaires."
C’est un duo qui résiste aux temps qui changent.

... Et qui inscrit Au Revoir Là Haut dans le sillage du roman picaresque ! : Albert et Edouard, à l'instar du picaro, tentent leur ascension dans une société qui les renie:


Le roman parle très peu de la guerre, du moins frontalement. Il ne s'y consacre que pendant le premier tiers, relatant une seule offensive, pour ensuite revenir sur la lente démobilisation des soldats, aux prises avec un état faisant mine d'être sourd.
Le livre fait donc la satire de la société française d'après guerre et rend compte de la bassesse des grands par le biais d'une ironie mordante. Le narrateur omniscient du roman Au Revoir Là-Haut se prête très bien a ce genre d'exercices (car possédant une connaissance assez large de tous les personnages) ce qui lui permet de jouer sur toute les tonalités en se plongeant dans la psychologie des divers actants, n'hésitant pas à jouer sur les registres de langues, des plus raffinés aux plus grossier, rendant le roman vraisemblable, satirisant les différentes classes sociales en les attaquant frontalement, sur leur propre terrain, avec leurs propres mots, comme c'est le cas pour la bourgeoisie, hypocrite et suffisante, sur fond de vertu.

Le problème de l'honneur et de la vérité sont eux aussi au premier plan du roman, et le dénouement lui, est sans appel vis a vis d'une société française dont les problèmes quant à la marginalisation de l'autre sont toujours d'actualité.
           
Mais le thème le plus saillant du roman,  s'inscrivant par ailleurs comme caractéristique principale du genre picaresque, est la notion d'antihéros, ou la problématique de l'héroïsme au sens large du terme.
Or la société qu'Édouard tente de défier attribue l'héroïsme aux martyrs, tout en vulgarisant cette conception de martyr au possible en l'utilisant a des fins lucratives. Le seul personnage du roman s'accordant le plus aux du héros conventionnel est Merlin, qui veille a rendre justice. Or ce type d'héroïsme n'est pas reconnu dans un monde ou règne le pouvoir et l'argent  et il meurt dans l'oubli à l'instar de tous les survivants de la Guerre de 14-18, sacrifiés sur l'autel de la patrie ingrate.

                                                                                                                                                     NA

mardi 6 mai 2014

"J'étais fière de lui. Je les ai défiées. Je leur ai dit qu'il ne me tromperait jamais. Mais ils ricanaient. Alors j'ai eu tort. J'ai fait le pacte."

"L'eau est l'élément de la mort jeune et belle,
de la mort fleurie, et, dans les drames de la vie
et de la littérature, elle est l'élément de
la mort sans orgueil ni vengeance.
"
Gaston BACHELARD, L'Eau et les Rêves
Inspiré par le conte de l'Allemand Frédéric de La Motte-Fouqué, Jean Giraudoux reprend la figure d'Ondine qu'il adapte ensuite au théatre, et c'est une merveille.
Je ne saurais dire exactement ce qui m'a attiré chez ce petit livre. La couverture est assez degueulasse, le résumé inexistant. En le voyant, j'ai immédiatement pensé au poème d'Aloysius Bertrand, du même nom, et aussi, un peu a l'album de Benjamin Lacombe que j'avais acquis une semaine plus tot et que je n'avais pas eu le temps de lire. Je vous en parlerai surement ensuite.

La pièce, à l'instar du conte de Frédéric de La Motte-Fouqué raconte l'histoire d'Ondine, une créature des eaux proche de la naïade, qui tombe eperdument amoureuse d'un chevalier errant. Mais les divinités des eaux voient d'un mauvais oeil l'union de deux êtres appartenant à deux régimes différents. Ondine, forte de son amour pour Hans, défie sa communauté et commet l'irréparable.
Si il la trompe, il mourra, conformément au pacte des ondines.


L'Ondine de Jean Giraudoux est un peu l'histoire de la dialectique sexuée de l'enlisement face a l'inconstance de l'homme. Des hommes...
Ondine aime, et pour plaire à Hans, elle tente de sacrifier sa part de monstruosité, aspirant ainsi aux régime des mortels. Mais la jeune fille n'est préparée ni à la cruauté des hommes, ni à leur inconstance.
C'est beau... un petit bijou de tristesse. On a d'abord du mal à se repérer, l'enchainement des actes et des scènes étant ponctué de nombreuses ellipses, mais passé outre ce detail qui par ailleurs ne mine en rien la lecture, la piece nous submerge pour ensuite nous entrainer dans sa cavité. Une véritable descente dans les profondeurs du ventre. J'ai adoré les personnages de ce livre, aucun n'est vraiment détestable, et tous sucitent de l'empathie. On ne peut être que touchée par Ondine, par sa naïveté apparente qui cache une profonde lucidité. On souffre avec elle, pour elle, et surtout pour nous.
Il y a une ondine en chacun de nous. La pièce décrit parfaitement les mécanismes de la passion et offre une vision assez pessimiste de l'amour et des rapports humains que l'auteur nous depeint du point de vue enfantin du personnage principal, completement deshinibé du fait de sa condition de monstre.
La naïveté d'Ondine est desarmante,  elle nous berce pour ensuite nous prendre a la gorge sans prévenir, car l'héroïne "grandit" dans la souffrance, faisant preuve, à la fin de la pièce d'une terrible lucidité dont Giraudoux se sert pour faire le procès de l'amour, quête d'une perfection illusoire.  

En lisant Ondine, j'ai eu l'impression de tomber le masque, de m'incarner pour enfin asseoir le monstre en moi, et d'accepter d'être regardée en tant que tel.


Plus on souffre, plus on est heureux. Je suis heureuse. Je suis la plus heureuse.







samedi 3 mai 2014

Home- Toni Morrison



Christian Bourgois- 11.99 €- 156p-  Août 2012

"Ce ne fut pas tant douloureux qu'ennuyeux. Cee pensa que cela irait mieux par la suite. Mieux s'avéra tout simplement plus et, tandis que la quantité augmentait, le plaisir de la chose résidait dans sa brièveté." p.55


En général, je me méfie des auteurs à prix comme de la peste, la faute aux médias et à la surenchère qui leur est propre. Il ne me serait jamais venu à l'esprit de me plonger dans ce petit livre si ce dernier n'avais pas été pas au programme de littérature comparée de cette année.
 
Autant dire que le premier contact avec Toni Morrison n'as pas été concluant, loin de là.

Roman épars tant dans sa structure que dans la quête de son personnage principal, Home relate l'errance de Frank noir américain, fraichement démobilisé de la Guerre de Corée et quelque peu nevrosé, qui rentre au pays et traverse les États-Unis de la ségrégation raciale pour délivrer sa soeur Cee des griffes d'un medecin eugéniste.

Je ne serais pas honnête en disait que j'ai détesté, simplement, je sais que je ne le relirais pas.
Ce petit roman peut s'averer (parfois) d'une grande subtilité. Rien n'y est évoqué clairement, et pourtant tout est là, la sensation de gêne en prime. Certain passages sont d'une puissance rare, du fait qu'ils sont transmis dans une langue épurée où Morrison n'accuse pas, mais constate d'un oeil désabusé qui décappe tout sur son passage.

Seulement voila: j'attendais beaucoup trop de Home: un puzzle complexe à reconstituer, un peu à la Anima de Wajdi Mouawad, de la violence, bref, une claque monumentale...


... et la claque n'arrive pas... Ou alors elle m'a à peine éfleurée.

Certes ce livre partait d'une intention très louable. On m'avait parlé de roman initiatique, de relation adelphique, de la condition des noirs, du racisme, de l'emancipation  de la femme.
Tout y est. Mais le roman est tellement court, et tellement épars que ses thèmes comme ses personnages sont beaucoup trop dilués et l'intrigue, elle verse dans la platitude la plus extrême. Je me suis ennuyée (lapidez moi)  alors que le sentiment d'être resté sur ma faim, lui est omniprésent. A aucun moment je n'ai pu m'attacher aux personnages. A aucun moment je n'ai été happée par le roman qui relevait plus de la corvée quant à la difficulté de s'y plonger (un grand merci au traitement en surface) et la lenteur du rythme, peut être aussi à cause du style. Si certains passages font justice à la plume de l'auteure, la traduction rend beaucoup trop souvent la lecture laborieuse.

C'est donc avec soulagement que je referme Home. Non pas qu'il m'ait profondément déplu, seulement, j'aurai aimé qu'on lui prete un peu plus d'intensité, de violence, et de chaleur.


N.A

samedi 5 avril 2014

Mauvais Genre- Chloé Cruchaudet



Delcourt - 18.95€ - 160 p. - Septembre 2013

« Quoi, ça ne te fait pas plaisir que je te désire ? 
- Je ne te fais pas envie… tu as envie d’être moi, c’est pas pareil. »


Qui dit centenaire de la première guerre mondiale dit commémoration et Chloé Cruchaudet nous signe là un magnifique ouvrage. Probablement mon coup de coeur de l'année, et pourtant il faut dire que c'était plutot mal parti. N'ayant regardé la couverture que de biais, je m'attendais a une histoire naise, un peu dans le genre de le bleu est une couleur chaude.

Mauvais genre, c'est d'abord l'histoire de Paul et Louise Grappe qui voient la premiere Guerre mondiale éclater et les séparer alors que ces derniers viennent de consommer leur union.
Temoin des atrocités de la guerre, Paul, la peur au ventre entreprend de rentrer a Paris pour retrouver sa belle. Après avoir déserté, il est condamné a vivre dans une chambre d'hotel et décide de mettre un terme a sa claustration en changeant d'identité. Desormais on l'appellera Suzanne.

Je l'ai trouvé magnifique cette BD. Le story-board est parfait, cohérent, le dessin lui est juste magnifique, avec un tres tres bel usage de la couleur rouge, du gris et du noir, tous porteurs de tragédie.

L'auteure nous invite dans l'intimité d'un couple en apparence normal, qui éclate peu a peu a cause de la deshinibition de Paul des suites des atrocités de la guerre, ou plutot devrais je dire, a cause de Suzanne... Paul s'attache a son accoutrement qui finit par lui coller a la peau. Paul devient Suzanne. Peut être l'etait-il déja lors du combat dans les tranchées, enseveli dans un trou d'obus. Il laisse une partie de son moi, dans le but de se proteger, et en sors nouveau, une resurrection supposée salvatrice qui lui permet dans un premier temps de dissimuler ses demons sous le masque de celle qu'il incarne.
Nous assistons alors a un detournement du complexe de Jonas, et l'être qui en cache un autre est ici un symbole d'alienation ou la nécéssité de reconquerir son moi s'impose. Or celle ci ne peut se faire qu'en grignottant l'autre, l'enveloppe, l'apparence "elle" pour être rendu a la lumière et entrevoir le salut.
 
Le probleme, c'est que Paul s'embourbe dans le confort de mensonge, qui lui permet de bomber le torse et de suciter la convoitise de son entourrage, personnage au charisme foudroyant. "La reine" des libertins qu'il cotoye.
L'autre "probleme" c'est Louise, qui voit son mari lui echapper au profit de Suzanne, espece de double négatif, fantome de la grande guerre, responsable de l'eclatement de son couple.
Louise enceinte, impuissante face a l'alcoolisme et au desoeuvrement de Paul, victime de violence conjuguale, Louise desespérée mais terriblement forte, qui finira par commettre l'irreparable.

Une manifique BD donc, qui laisse de coté décorations et medailles pour traiter de l'apres guerre d'un point de vue social. Qui brosse parfaitement le portrait d'êtres paradoxaux,  complétement desinhibés mais qui, parralellement sont cappables d'amour.




N.A

samedi 29 mars 2014

Narcissus

Ni les douces langueurs des flùtes et des lyres,
Ni les parfums mourants des vagues encensoirs
En cadence envolés dans le calme des soirs,
Ni les bras frais et nus ni les savants sourires

Ne peuvent rallumer le feu des vains espoirs
En mon coeur et, lassé d'amours et de délires
Factices, blond éphèbe effroi des hétaïres
Jalouses, j'ai posé mon front dans tes lys noirs.

Et les lys vénéneux, fleurs d'ombre et de ténèbres,
Sur ma tempe entr'ouvrant leurs calices funèbres,
M'ont appris mon infâme et chaste déshonneur ;

Et, descendu vivant dans l'horreur de mon être,
J'ai savouré l'étrange et suave bonheur
De pouvoir me haïr, ayant pu me connaître.

-Jean Lorrain, l'Ombre Ardente

lundi 10 mars 2014

C'est lundi !

Aujourd'hui, c'est lundi, et je me rends compte que j'ai du mal a faire en sorte que mon blog reste à jour ces dernieres semaines... 

Pas facile de gérer la fac et la masse de travail allant avec, le boulot a la librairie, mes lectures académiques et mon book de dessin.
Encore moins evident de se faire plaisir.

Mais nous nous eéartons de notre topos principal.

Pour rester à jour, rien de mieux que de ponctuer ses articles de rendez-vous hebdomadaire, et quoi de plus approprié qu'un "C'est Lundi !".

Comment ça "c'est Lundi?" ?

C'est Lundi, est un rendez vous livresque qui a lieu, vous l'aurez deviné, tous les lundis, et qui consiste en/à répondre à trois petites questions tout simple que vous verrez ci dessous
Qu'ai-je lu la semaine passée ?

  Que suis-je en train de lire en ce moment?

Que vais-je lire ensuite ?
Pas sorcier en somme, et plus ou moins utile lorsqu'il s'agit de faire un planning de lecture et que l'on est une grosse procrastinatrice qui a passé plus d'un mois sur Un barrage contre le Pacifique faute d'organisation.

La procrastination c'est mal.

Il n'empeche, je me soigne et vous propose de suite le premier C'est lundi de ce blog.

Qu'ai-je lu la semaine passée ?
Il faut bien commencer par le commencement et autant dire que le bilan a été mince. Je suppose que le manuel de grammaire ne compte pas (et quand bien même il compterait, je ne l'ai pas encore terminé) donc j'enchainnerai en disant que j'ai lu mon premier roman Russe, pour la conférence sur Pouchkine et Lermontov qui avait eu la semaine derniere a la faculté et a laquelle je me suis malencontreusement endormie.
  • Premier Roman russe donc avec Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine, ecrit en vers, et qui n'est pas enormement défiguré par la traduction, c'est plutot agréable, limpide.
    Roman prémonitoire (il suffit de le lire en parallele avec la biographie de Pouchkine pour comprendre) Eugène Onéguine relate le séjour a la campagne du personnage éponyme, qui dandy oisif et désinvolte, y fait la rencontre de Lenski, un jeune poème qui l'introduira aux soeurs Larine, posant ainsi les rouages du drame qui viendra perturber la monotonie caractéristique de la campagne Russe

    Le roman est si fluide qu'il est impossible de le lacher une fois commencé. Les personnages eux sont plus ou moins épais, bercés d'illusions qu'il perdent au fur et a mesure que les vers défilent, ambigüs, tantot excecrables, tantôt charmants, attendrissants.
    Et puis il y a surtout cette âme russe, usée par les mondanités, et l'ennui, une espece de spleen qui envahit les personnages et les pousse a s'enfoncer dans l'oisivité avec pour seul compagnonage le tumulte des fêtes, un certain désir de sabotage et surtout, la Nostalgie.
    Quand j'y pense c'est dommage que la conférence n'ai pas été en russe. L'intervenante avait un port altier, caractéristique du pays et les passage qu'elle lisait étaient d'une beauté rare.
    Une très bonne introduction a la littérature russe, qui se lit vite, emprunt de romantisme et d'une douce mélancolie quant a nos paradis perdus.
*

Que suis-je en train de lire en ce moment? Passons au choses serieuses car il est temps de prendre le taureau par les cornes quand à certaines lectures qui trainent en longueur.

C'est décidé. Cette semaine, j'acheve Un barrage contre le pacifique de Marguerite Duras qui traine en longueur depuis trop longtemps. Ca ira vite. Il me reste un peu plus de 60 pages et le plus gros du travail a été fait. C'est un livre que je lis pour les cours et que je chroniquerai pour la réédition du challenge "La plume au féminin".

J'attaque aussi Iphigénie et Bajazet de Jean Racine pour mon cours de théatre classique. Je dois encore choisir une scène et la jouer, ce qui constituera la moitié de ma note d'éxamen pour ce semestre.

Sinon, parce qu'il faut bien se faire plaisir, je rajoute a ma liste une BD que j'affectionne beaucoup. Un Corto Maltese, evidemment avec Tango de Hugo Pratt. J'ai chopé un petit format a la librairie. Il est plus tronqué qu'une BD grand format mais c'est dans mon budget et il s'adapte plutot bien a mes moments de libre.

*

Que vais-je lire ensuite ?
C'est une excellente question, moi qui ne sait même pas ce que je vais manger demain a midi.
La semaine prochaine, j'attaque Home de Toni Morrisson que je dois lire pour mon cours de littérature comparée, et j'en profite pour terminer le Tartuffe. J'ai reservé La vérité sur l'affaire Harry Quebert  à la librairie, qui est quand même une grosse brique qui va me prendre des siècles telle que je me connais.

Ce sera tout pour le moment.

Et Vous? Que lisez-vous cette semaine?


mardi 4 mars 2014

samedi 15 février 2014

Du quatrième mur, du Choeur, de la Guerre et du Pathos

 




















Le quatrième mur Sorj Chalandon
Ed. Grasset, 2013, 330 p

 
"Le quatrième mur est un écran imaginaire qui sépare l’acteur du spectateur. Parallèle au mur de fond de scène, il se situe entre le plateau et la salle, au niveau de la rampe. Le public voit alors une action qui est censée se dérouler indépendamment de lui. Il se trouve en position de voyeur : rien ne lui échappe mais il ne peut pas intervenir. Le personnage peut briser cette illusion en faisant un commentaire directement au public, ou bien en aparté.”

Le quatrième mur, c’est aussi un roman de Sorj Chalandon, paru chez Grasset en 2013. Il y est justement question de monter l’Antigone d’Anouilh en pleine guerre civile libanaise, en plein centre de Beyrouth, sur la ligne de démarcation.
Le projet utopique s’il en est, il est le fruit des rêves pacifistes d’un certain Samuel Akounis.
Samuel Akounis est juif (ou un juif?) rescapé des geôles des colonels grecs. Réfugié à Paris, il se lie d’amitié avec Georges (militant gaucho, pion le jour, tabasseur de néonazis la nuit).
Celui-ci l’entraine dans les escapades utopistes des derniers survivants de mai 68. En échange, Samuel, sur son lit de mort, lui fait promettre de veiller à ce que la pièce soit montée.
Ni une ni deux, George va à Beyrouth avec dans son sac, une copie d’Anouilh, texte qu’il vient de découvrir. Sur place, il rencontre les acteurs piochés dans les différents camps de belligérants par Samuel.
Pour faire bref, l’histoire se termine mal, tout le monde meurt.

Il semblerait que Chalandon, à travers un récit bardé de vérismes déguisés en hypotyposes ait choisi la problématique pas très originale de la guerre comme tragédie, ou du tragique de la guerre, ou de la fatalité de la violence en temps de guerre.
Peu importe, car dans tous les cas, nous ne rencontrons que des clichés cent fois ressassés de personnages sans grande épaisseur psychologique où le lecteur occidental bien-pensant se trouvera réconforté puisque les méchants sont toujours les mêmes, et que les innocents sont toujours attendrissant et se font toujours buter.
Si les motivations de l’auteur sont celles de montrer que la violence n’épargne personne, cela aurait marché dans un autre contexte. Seulement, celui de la guerre civile libanaise est tellement plus complexe que le réduire à une description manichéenne et supposer que tout pourrait être réglé sur les planches est d’une naïveté qui ne sied qu’aux manifestants du dimanche, défenseurs de la veuve et de l’orphelin par correspondance. Mais loin des discours politiques, le roman souffre surtout d’un simplisme à plusieurs niveaux:

Les personnages manquent d’épaisseur psychologique, leur motivations sont souvent floues et ils n’ont aucune vision du futur. Ceci empêche le lecteur de se projeter et d’éprouver une quelconque sympathie à leur égard, problème qui n’est pas résolu par des descriptions de la violence qui frôlent le pittoresque voire l’exotisme et qui éloignent ce récit de l’empathie et le rapprochent plutôt d’un exhibitionnisme très contemporain digne des téléréalités saturées de pathos.
Et puis, dans le roman, Georges est supposé être le Choeur. C’est Samuel qui en a décidé. Mais Georges a un mauvais coeur, c’est la première faillite, l’origine de l’échec. Au lieu de narrer Antigone, Georges prend part à la guerre, il se salit les mains et rencontre, comme tous les autres, une fin à la démesure de l’Histoire. Dans l’Antigone d’Anouilh, le chœur intervient au début du texte pour nous situer le contexte de la pièce et nous présenter les personnages qui y évoluent. Il réapparaît par la suite tout au long de la pièce pour faire avancer le récit ou amener un personnage à la réflexion… Le roman commence ainsi… et se termine de la même façon; seulement entre-temps, le Choeur a pris part aux jouissances, il s’est perverti, mais peut être l’était-il déjà avant. En tout cas, il ne remplit pas son rôle et toute l’histoire s’en trouve déstabilisée.
Georges a failli à sa mission. Sorj aussi. Les personnages ne sont pas de taille, les rêveurs sont mièvres, le roman insuffisant, la démarche simpliste. La guerre ne s’arrêtera pas pour le théâtre, il n’y aura pas de catharsis, le quatrième mur ne protègera pas les spectateurs. Le quatrième mur est tombé.
“Tous ceux qui avaient à mourir sont morts […] Morts pareil, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer à les oublier et à confondre leurs noms. C’est fini.”

N.A

Serge Harfouche