lundi 21 juillet 2014

Battle Royale- Koushun Takami & Masayuki Tagushi

Ce que c'est:

        Imaginez vous vivant sous une espèce de dictature au nom pompeux de "République de l'Est". Une dictature qui redoute un coup d'état, et surtout la jeunesse, plus encline a se poser les bonnes questions.
         Maintenant, fermez les yeux bien fort et imaginez que ladite dictature crée une "loi" pour vous dissuader de la renverser. Une loi appelée Battle Royale qui consiste à kidnapper chaque année une classe de troisieme et de les enmener loin de chez eux (de préférence sur une ile prévue pour ce qui va suivre)...
        ...pour ensuite les forcer à s'entretuer dans une espece de jeu macabre où le vainqueur devrait avoir tué tous ses petits camarades de classe pour esperer gagner le jeu et rentrer chez lui.

Miam miam !

Le manga est une adaptation du roman de Koushun Takami (du même nom). Il y a même eu un film (que j'ai trouvé génial et dont je parlerai si jamais j'ai l'occasion de le revoir). Et plus récement, Hunger Games, mais rien que d'écrire ce nom sur cette page me donne l'impression de la polluer donc je ne vais pas prolonger la torture plus longtemps.   

Ce que le Céphalopode en pense:

Je l'ai lu il y a des années déjà. Les impressions qu'il m'en reste ne sont plus très "fraiches", mais demeurent des souvenirs, une espèce d'engouement acharné pour un manga qui changeait des shojo à la Nana que je lisais.

Sur le coup j'avais trouvé l'intrigue géniale, une espèce de sublimation. En le relisant, toujours la même reaction. Pas de noeud à la gorge, juste un plaisir malsain à tourner les pages.

Le concept est rudement bien pensé:

   -Les armes sont distribuées au hasard, et le facteur chance joue beaucoup (l'inventaire va de la  kalashnikov à la fourchette, en passant par des objets complètement inutiles genre mégaphone- qui soit dit en passant est une grosse arnaque, et qui allait forcément tomber entre les mains d'une cruche-)
   - Les collégiens sont munis chacun d'un collier sensé donner la position de chaque élève aux organisateurs: Bourré d'explosif, il se déclenche lorsqu'on essaye de s'en défaire (ou de s'enfuir).
Mes parents aurait du tenter la même chose pour surveiller mes allées et venues le soir.
  - Ce collier est un petit bijou de technologie. Si personne n'est tué en 24 heures, les colliers de tous les belligérants explosent. Histoire d'enterrer une bonne fois pour toute les ideaux pacifiques.
  - J'allais oublier de préciser que l'île qui sert d'arène est délimitée en zones. Plus le temps passe et plus lesdites zones deviennent interdites. En somme, si vous mettez les pieds dans ces no-man's land, votre collier explose et votre voisin de table aura toute les chances de retrouver votre tête à quelques mètres de là.

Les grandes lignes sont solides. Aucune issue possible. A première vue ça avait tout pour me plaire.

Bien que n'étant pas fan du dessin (J'ai trouvé les personnages hideux, des espèces de pantins hydrocéphales, Balthus peut aller se rhabiller), le support de cette adaptation la rend très graphique genre sex, gore and mass shooting, (les paysages étaient plus que très reussis mais on s'en foutait parce que ce qui nous interessait vraiment c'etait le sang et les nanas à poil) . 

    C'était trop beau pour être vrai, il fallait bien que ça s'enraye quelque part. En fait ca coincé tres vite. A cause des personnages qui vont de insignifiants à tout à fait insuportables. Je m'explique:
D'un coté il y a les "gentils"...: Shuya Nanahara et sa copine Noriko, le rockeur pacifiste et la lèche-cul de service. Deux grosses tartes; le genre à se foutre dans des situations impossibles au noble nom de ce que j'appellerai la dignité humaine. Attendrissants et altruistes au possible. A la limite du dégoulinant. On aurait même envie de leur foutre des claques pour qu'ils se ressaisissent un peu.
... et les grands méchants, genre Kiriyama insensible et ses super-pouvoirs de power-ranger le rendant indestructible, et de ce fait, monstrueusement superficiel et ennuyeux.
Pour sortir du manichéisme, il y a aussi les monsieur tout le monde, en apparence sans histoires mais ayant choisi de se plier aux règles du jeu, monsieurs-tout-le-monde qui auraient mérité d'être exploité plus largement mais qui, à défaut de cela, se sont révélés beaucoup trop archétypaux.
Il devait y avoir une réelle volonté de nuancer entre les gentils et les méchants, mais l'auteur se contente  hélas de superposer les drames, jalonnant le passé des personnages pour tenter d'expliquer la transformation d'une gamine dans histoire à serial-killeuse: Sôma, violée à répétition durant son enfance (une fois n'est pas coutume, et il faut croire que ca ne suffisait pas à attendrir le lecteur), et rendue antisociale des suites du traumatisme, devient vite un pretexte pour pimenter l'histoire à coup de sexe, survolant les mécanismes de la violence en les noyant dans le voyeurisme malsain. Trop de trop tue le trop et c'est bien dommage.

Le dénouement est prévisible dans les grandes lignes mais surprenant dans le traitement.
Au final, je dirais que j'aurais pu apprécier le manga si l'auteur n'en avait pas fait un tourne-page commercial, mièvre et sentimental au possible force de ficelles tellement grosses que le lecteur ne peut pas se faire sa propre opinion sur les personnages, poussés jusqu'à la caricature à gros coups de sentimentalisme.

Plein de bonnes intentions étouffées dans l'oeuf. Il vaudrait mieux lire le roman, plus sec certes, mais bienvenu apres cette overdose de pathos.
                                          
                                                                                                                                        NA

dimanche 20 juillet 2014

Chrono-Chronique: Mémoires d'outre-espace (histoires courtes 1974 / 1977)- Enki Bilal



Couverture Mémoires d'outre-espace
Fan de Bilal depuis Monstre et Julia et Roem, et surtout pour son coup de crayon, je me suis précipitée dessus . On voit dès lors le gout manifeste de Bilal pour la science fiction, et adepte des dystopies futuristiques je n'ai pas eu trop de mal à m'y plonger. La BD se présente sous la forme de plusieurs nouvelles, certaines très bonnes au niveau de l'intrigue, et d'autres qu'on citera moins car a peine passable.
Histoires à chutes donc, un humour mordant. On rit (jaune), certaines idées sont bien trouvées, un eventail de thèmes tente d'enrichir le recueil (colonisateur et colonisé, rapport de force, l'homme et la machine, le pouvoir et sa propagande, le moi, l'altérité et la violence qui en découle; la relativité, surtout la relativité). Les Mémoires d'outre espace sont en fait très actuelles en supposant qu'elles soient transposées dans l'autre ailleurs. Et c'est la toute la force de Bilal qui l'air de rien décappe par le rire, mine le langage pour mieux l'éclater, et qui par son traitement de l'histoire rase les certitudes à coup de violence radiante. Une sorte de purge pour entamer la reconstruction.
Pourtant on se lasse vite. Peut être que le mécanisme (de chutes justement) perd de son intensité force de répétitions et que ses engrenages coincent. Passé la surprise de Drame Colonial  (la première nouvelle) j'ai eu tendance à trouver le reste trop simpliste, sur 8 nouvelles, je n'en retiendrai que 4. Le dessin est magnifique, mais ne rattrape pas la faiblesse de certains schémas,.. Peut être que la lecture espacée de ces Mémoires d'Outre-Espace aurait été plus favorable pour porter un regard neuf sur chaque nouvelle, sans les attentes vis a vis des précédentes, et sans les déceptions. C'est dommage, Bilal commence fort puis s'essoufle pour se rattrapper au 8eme volet, mais il est trop tard pour le lecteur, déja refroidi.
Je l'ai quand même emporté avec moi. En tant que fan, rien de plus.
                                  
                                                                                                                                            NA

samedi 19 juillet 2014

Au Revoir Là Haut- Pierre Lemaitre



"Médiocre en tout, presque toujours ridicule, Labourdin était le genre d'homme qu'on pouvait placer n'importe où, qui se montrait dévoué, une bête de somme, on pouvait tout lui demander. Sauf d'être intelligent, immense bénéfice."

"Avant guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvait banale vue de face, mais très jolie vue de dot"

                                        *          *           *
La parution d'Au Revoir Là Haut à un an de la commémoration de la Grande Guerre de 14-18 tient beaucoup du coup de marketing.
Peut-être.
Il n'en demeure pas moins que Pierre Lemaitre, auteur de nombreux polars se tourne vers un genre considéré plus "noble" dans la hiérarchie littéraire, le remanie a sa sauce, et ca marche ! Le lecteur découvre, pour son plus grand bonheur, un roman de l'après guerre qui défie les conventions de la bienséance, et qui prouve bien que l'on peut rire de tout et surtout jaune.

Pour esquisser les grandes lignes de l'histoire,
Albert et Édouard, tous deux engagés au front lors de la guerre de 14-18, voient leurs destins se lier sur le champ de bataille, lorsqu'Édouard sauve Albert in extremis.
Après la démobilisation, ils deviennent les parias d'une société qui refuse de les intégrer et tentent de reconquérir leurs places en montant une arnaque qui secouera toute la France.

Que dire de ce roman?

Tout d'abord qu'il faut s'y accrocher.
Le récit, pourtant vivace ne parvient pas à racheter les quelques longueurs bardant la première et la deuxième partie de l'ouvrage où l'auteur multiplie les vérismes quant aux portraits psychologiques des personnages, ralentissant ainsi considérablement la narration, au déplaisir de certains, à commencer par votre humble serviteur. Bah, cela aura au moins le merite de rendre les personnages épais, tellement epais que le risque d'y devenir hermetique pointe. Mais je m'étale.


Et pourtant j'ai tenu. D'abord parce qu'Au Revoir Là Haut est tres riche d'un point de vue symbolique, et s'inspire de la tradition antique: Complexe de Charon, metaphore du Styx, Cheval psychopompe. Ensuite parce que ses deux protagonistes font écho au tandem "Sancho Panza-Don Quichote"
:

" Le noble chevalier, l’idéaliste, [...] le rêveur qui prend ses hallucinations pour la réalité, le fantasque, le maître et son valet, les pieds sur terre, le valet prosaïque. C’est un couple que nous retrouvons encore dans notre réalité, à la fois alliés et adversaires."
C’est un duo qui résiste aux temps qui changent.

... Et qui inscrit Au Revoir Là Haut dans le sillage du roman picaresque ! : Albert et Edouard, à l'instar du picaro, tentent leur ascension dans une société qui les renie:


Le roman parle très peu de la guerre, du moins frontalement. Il ne s'y consacre que pendant le premier tiers, relatant une seule offensive, pour ensuite revenir sur la lente démobilisation des soldats, aux prises avec un état faisant mine d'être sourd.
Le livre fait donc la satire de la société française d'après guerre et rend compte de la bassesse des grands par le biais d'une ironie mordante. Le narrateur omniscient du roman Au Revoir Là-Haut se prête très bien a ce genre d'exercices (car possédant une connaissance assez large de tous les personnages) ce qui lui permet de jouer sur toute les tonalités en se plongeant dans la psychologie des divers actants, n'hésitant pas à jouer sur les registres de langues, des plus raffinés aux plus grossier, rendant le roman vraisemblable, satirisant les différentes classes sociales en les attaquant frontalement, sur leur propre terrain, avec leurs propres mots, comme c'est le cas pour la bourgeoisie, hypocrite et suffisante, sur fond de vertu.

Le problème de l'honneur et de la vérité sont eux aussi au premier plan du roman, et le dénouement lui, est sans appel vis a vis d'une société française dont les problèmes quant à la marginalisation de l'autre sont toujours d'actualité.
           
Mais le thème le plus saillant du roman,  s'inscrivant par ailleurs comme caractéristique principale du genre picaresque, est la notion d'antihéros, ou la problématique de l'héroïsme au sens large du terme.
Or la société qu'Édouard tente de défier attribue l'héroïsme aux martyrs, tout en vulgarisant cette conception de martyr au possible en l'utilisant a des fins lucratives. Le seul personnage du roman s'accordant le plus aux du héros conventionnel est Merlin, qui veille a rendre justice. Or ce type d'héroïsme n'est pas reconnu dans un monde ou règne le pouvoir et l'argent  et il meurt dans l'oubli à l'instar de tous les survivants de la Guerre de 14-18, sacrifiés sur l'autel de la patrie ingrate.

                                                                                                                                                     NA

mardi 6 mai 2014

"J'étais fière de lui. Je les ai défiées. Je leur ai dit qu'il ne me tromperait jamais. Mais ils ricanaient. Alors j'ai eu tort. J'ai fait le pacte."

"L'eau est l'élément de la mort jeune et belle,
de la mort fleurie, et, dans les drames de la vie
et de la littérature, elle est l'élément de
la mort sans orgueil ni vengeance.
"
Gaston BACHELARD, L'Eau et les Rêves
Inspiré par le conte de l'Allemand Frédéric de La Motte-Fouqué, Jean Giraudoux reprend la figure d'Ondine qu'il adapte ensuite au théatre, et c'est une merveille.
Je ne saurais dire exactement ce qui m'a attiré chez ce petit livre. La couverture est assez degueulasse, le résumé inexistant. En le voyant, j'ai immédiatement pensé au poème d'Aloysius Bertrand, du même nom, et aussi, un peu a l'album de Benjamin Lacombe que j'avais acquis une semaine plus tot et que je n'avais pas eu le temps de lire. Je vous en parlerai surement ensuite.

La pièce, à l'instar du conte de Frédéric de La Motte-Fouqué raconte l'histoire d'Ondine, une créature des eaux proche de la naïade, qui tombe eperdument amoureuse d'un chevalier errant. Mais les divinités des eaux voient d'un mauvais oeil l'union de deux êtres appartenant à deux régimes différents. Ondine, forte de son amour pour Hans, défie sa communauté et commet l'irréparable.
Si il la trompe, il mourra, conformément au pacte des ondines.


L'Ondine de Jean Giraudoux est un peu l'histoire de la dialectique sexuée de l'enlisement face a l'inconstance de l'homme. Des hommes...
Ondine aime, et pour plaire à Hans, elle tente de sacrifier sa part de monstruosité, aspirant ainsi aux régime des mortels. Mais la jeune fille n'est préparée ni à la cruauté des hommes, ni à leur inconstance.
C'est beau... un petit bijou de tristesse. On a d'abord du mal à se repérer, l'enchainement des actes et des scènes étant ponctué de nombreuses ellipses, mais passé outre ce detail qui par ailleurs ne mine en rien la lecture, la piece nous submerge pour ensuite nous entrainer dans sa cavité. Une véritable descente dans les profondeurs du ventre. J'ai adoré les personnages de ce livre, aucun n'est vraiment détestable, et tous sucitent de l'empathie. On ne peut être que touchée par Ondine, par sa naïveté apparente qui cache une profonde lucidité. On souffre avec elle, pour elle, et surtout pour nous.
Il y a une ondine en chacun de nous. La pièce décrit parfaitement les mécanismes de la passion et offre une vision assez pessimiste de l'amour et des rapports humains que l'auteur nous depeint du point de vue enfantin du personnage principal, completement deshinibé du fait de sa condition de monstre.
La naïveté d'Ondine est desarmante,  elle nous berce pour ensuite nous prendre a la gorge sans prévenir, car l'héroïne "grandit" dans la souffrance, faisant preuve, à la fin de la pièce d'une terrible lucidité dont Giraudoux se sert pour faire le procès de l'amour, quête d'une perfection illusoire.  

En lisant Ondine, j'ai eu l'impression de tomber le masque, de m'incarner pour enfin asseoir le monstre en moi, et d'accepter d'être regardée en tant que tel.


Plus on souffre, plus on est heureux. Je suis heureuse. Je suis la plus heureuse.







samedi 3 mai 2014

Home- Toni Morrison



Christian Bourgois- 11.99 €- 156p-  Août 2012

"Ce ne fut pas tant douloureux qu'ennuyeux. Cee pensa que cela irait mieux par la suite. Mieux s'avéra tout simplement plus et, tandis que la quantité augmentait, le plaisir de la chose résidait dans sa brièveté." p.55


En général, je me méfie des auteurs à prix comme de la peste, la faute aux médias et à la surenchère qui leur est propre. Il ne me serait jamais venu à l'esprit de me plonger dans ce petit livre si ce dernier n'avais pas été pas au programme de littérature comparée de cette année.
 
Autant dire que le premier contact avec Toni Morrison n'as pas été concluant, loin de là.

Roman épars tant dans sa structure que dans la quête de son personnage principal, Home relate l'errance de Frank noir américain, fraichement démobilisé de la Guerre de Corée et quelque peu nevrosé, qui rentre au pays et traverse les États-Unis de la ségrégation raciale pour délivrer sa soeur Cee des griffes d'un medecin eugéniste.

Je ne serais pas honnête en disait que j'ai détesté, simplement, je sais que je ne le relirais pas.
Ce petit roman peut s'averer (parfois) d'une grande subtilité. Rien n'y est évoqué clairement, et pourtant tout est là, la sensation de gêne en prime. Certain passages sont d'une puissance rare, du fait qu'ils sont transmis dans une langue épurée où Morrison n'accuse pas, mais constate d'un oeil désabusé qui décappe tout sur son passage.

Seulement voila: j'attendais beaucoup trop de Home: un puzzle complexe à reconstituer, un peu à la Anima de Wajdi Mouawad, de la violence, bref, une claque monumentale...


... et la claque n'arrive pas... Ou alors elle m'a à peine éfleurée.

Certes ce livre partait d'une intention très louable. On m'avait parlé de roman initiatique, de relation adelphique, de la condition des noirs, du racisme, de l'emancipation  de la femme.
Tout y est. Mais le roman est tellement court, et tellement épars que ses thèmes comme ses personnages sont beaucoup trop dilués et l'intrigue, elle verse dans la platitude la plus extrême. Je me suis ennuyée (lapidez moi)  alors que le sentiment d'être resté sur ma faim, lui est omniprésent. A aucun moment je n'ai pu m'attacher aux personnages. A aucun moment je n'ai été happée par le roman qui relevait plus de la corvée quant à la difficulté de s'y plonger (un grand merci au traitement en surface) et la lenteur du rythme, peut être aussi à cause du style. Si certains passages font justice à la plume de l'auteure, la traduction rend beaucoup trop souvent la lecture laborieuse.

C'est donc avec soulagement que je referme Home. Non pas qu'il m'ait profondément déplu, seulement, j'aurai aimé qu'on lui prete un peu plus d'intensité, de violence, et de chaleur.


N.A

samedi 5 avril 2014

Mauvais Genre- Chloé Cruchaudet



Delcourt - 18.95€ - 160 p. - Septembre 2013

« Quoi, ça ne te fait pas plaisir que je te désire ? 
- Je ne te fais pas envie… tu as envie d’être moi, c’est pas pareil. »


Qui dit centenaire de la première guerre mondiale dit commémoration et Chloé Cruchaudet nous signe là un magnifique ouvrage. Probablement mon coup de coeur de l'année, et pourtant il faut dire que c'était plutot mal parti. N'ayant regardé la couverture que de biais, je m'attendais a une histoire naise, un peu dans le genre de le bleu est une couleur chaude.

Mauvais genre, c'est d'abord l'histoire de Paul et Louise Grappe qui voient la premiere Guerre mondiale éclater et les séparer alors que ces derniers viennent de consommer leur union.
Temoin des atrocités de la guerre, Paul, la peur au ventre entreprend de rentrer a Paris pour retrouver sa belle. Après avoir déserté, il est condamné a vivre dans une chambre d'hotel et décide de mettre un terme a sa claustration en changeant d'identité. Desormais on l'appellera Suzanne.

Je l'ai trouvé magnifique cette BD. Le story-board est parfait, cohérent, le dessin lui est juste magnifique, avec un tres tres bel usage de la couleur rouge, du gris et du noir, tous porteurs de tragédie.

L'auteure nous invite dans l'intimité d'un couple en apparence normal, qui éclate peu a peu a cause de la deshinibition de Paul des suites des atrocités de la guerre, ou plutot devrais je dire, a cause de Suzanne... Paul s'attache a son accoutrement qui finit par lui coller a la peau. Paul devient Suzanne. Peut être l'etait-il déja lors du combat dans les tranchées, enseveli dans un trou d'obus. Il laisse une partie de son moi, dans le but de se proteger, et en sors nouveau, une resurrection supposée salvatrice qui lui permet dans un premier temps de dissimuler ses demons sous le masque de celle qu'il incarne.
Nous assistons alors a un detournement du complexe de Jonas, et l'être qui en cache un autre est ici un symbole d'alienation ou la nécéssité de reconquerir son moi s'impose. Or celle ci ne peut se faire qu'en grignottant l'autre, l'enveloppe, l'apparence "elle" pour être rendu a la lumière et entrevoir le salut.
 
Le probleme, c'est que Paul s'embourbe dans le confort de mensonge, qui lui permet de bomber le torse et de suciter la convoitise de son entourrage, personnage au charisme foudroyant. "La reine" des libertins qu'il cotoye.
L'autre "probleme" c'est Louise, qui voit son mari lui echapper au profit de Suzanne, espece de double négatif, fantome de la grande guerre, responsable de l'eclatement de son couple.
Louise enceinte, impuissante face a l'alcoolisme et au desoeuvrement de Paul, victime de violence conjuguale, Louise desespérée mais terriblement forte, qui finira par commettre l'irreparable.

Une manifique BD donc, qui laisse de coté décorations et medailles pour traiter de l'apres guerre d'un point de vue social. Qui brosse parfaitement le portrait d'êtres paradoxaux,  complétement desinhibés mais qui, parralellement sont cappables d'amour.




N.A

samedi 29 mars 2014

Narcissus

Ni les douces langueurs des flùtes et des lyres,
Ni les parfums mourants des vagues encensoirs
En cadence envolés dans le calme des soirs,
Ni les bras frais et nus ni les savants sourires

Ne peuvent rallumer le feu des vains espoirs
En mon coeur et, lassé d'amours et de délires
Factices, blond éphèbe effroi des hétaïres
Jalouses, j'ai posé mon front dans tes lys noirs.

Et les lys vénéneux, fleurs d'ombre et de ténèbres,
Sur ma tempe entr'ouvrant leurs calices funèbres,
M'ont appris mon infâme et chaste déshonneur ;

Et, descendu vivant dans l'horreur de mon être,
J'ai savouré l'étrange et suave bonheur
De pouvoir me haïr, ayant pu me connaître.

-Jean Lorrain, l'Ombre Ardente

lundi 10 mars 2014

C'est lundi !

Aujourd'hui, c'est lundi, et je me rends compte que j'ai du mal a faire en sorte que mon blog reste à jour ces dernieres semaines... 

Pas facile de gérer la fac et la masse de travail allant avec, le boulot a la librairie, mes lectures académiques et mon book de dessin.
Encore moins evident de se faire plaisir.

Mais nous nous eéartons de notre topos principal.

Pour rester à jour, rien de mieux que de ponctuer ses articles de rendez-vous hebdomadaire, et quoi de plus approprié qu'un "C'est Lundi !".

Comment ça "c'est Lundi?" ?

C'est Lundi, est un rendez vous livresque qui a lieu, vous l'aurez deviné, tous les lundis, et qui consiste en/à répondre à trois petites questions tout simple que vous verrez ci dessous
Qu'ai-je lu la semaine passée ?

  Que suis-je en train de lire en ce moment?

Que vais-je lire ensuite ?
Pas sorcier en somme, et plus ou moins utile lorsqu'il s'agit de faire un planning de lecture et que l'on est une grosse procrastinatrice qui a passé plus d'un mois sur Un barrage contre le Pacifique faute d'organisation.

La procrastination c'est mal.

Il n'empeche, je me soigne et vous propose de suite le premier C'est lundi de ce blog.

Qu'ai-je lu la semaine passée ?
Il faut bien commencer par le commencement et autant dire que le bilan a été mince. Je suppose que le manuel de grammaire ne compte pas (et quand bien même il compterait, je ne l'ai pas encore terminé) donc j'enchainnerai en disant que j'ai lu mon premier roman Russe, pour la conférence sur Pouchkine et Lermontov qui avait eu la semaine derniere a la faculté et a laquelle je me suis malencontreusement endormie.
  • Premier Roman russe donc avec Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine, ecrit en vers, et qui n'est pas enormement défiguré par la traduction, c'est plutot agréable, limpide.
    Roman prémonitoire (il suffit de le lire en parallele avec la biographie de Pouchkine pour comprendre) Eugène Onéguine relate le séjour a la campagne du personnage éponyme, qui dandy oisif et désinvolte, y fait la rencontre de Lenski, un jeune poème qui l'introduira aux soeurs Larine, posant ainsi les rouages du drame qui viendra perturber la monotonie caractéristique de la campagne Russe

    Le roman est si fluide qu'il est impossible de le lacher une fois commencé. Les personnages eux sont plus ou moins épais, bercés d'illusions qu'il perdent au fur et a mesure que les vers défilent, ambigüs, tantot excecrables, tantôt charmants, attendrissants.
    Et puis il y a surtout cette âme russe, usée par les mondanités, et l'ennui, une espece de spleen qui envahit les personnages et les pousse a s'enfoncer dans l'oisivité avec pour seul compagnonage le tumulte des fêtes, un certain désir de sabotage et surtout, la Nostalgie.
    Quand j'y pense c'est dommage que la conférence n'ai pas été en russe. L'intervenante avait un port altier, caractéristique du pays et les passage qu'elle lisait étaient d'une beauté rare.
    Une très bonne introduction a la littérature russe, qui se lit vite, emprunt de romantisme et d'une douce mélancolie quant a nos paradis perdus.
*

Que suis-je en train de lire en ce moment? Passons au choses serieuses car il est temps de prendre le taureau par les cornes quand à certaines lectures qui trainent en longueur.

C'est décidé. Cette semaine, j'acheve Un barrage contre le pacifique de Marguerite Duras qui traine en longueur depuis trop longtemps. Ca ira vite. Il me reste un peu plus de 60 pages et le plus gros du travail a été fait. C'est un livre que je lis pour les cours et que je chroniquerai pour la réédition du challenge "La plume au féminin".

J'attaque aussi Iphigénie et Bajazet de Jean Racine pour mon cours de théatre classique. Je dois encore choisir une scène et la jouer, ce qui constituera la moitié de ma note d'éxamen pour ce semestre.

Sinon, parce qu'il faut bien se faire plaisir, je rajoute a ma liste une BD que j'affectionne beaucoup. Un Corto Maltese, evidemment avec Tango de Hugo Pratt. J'ai chopé un petit format a la librairie. Il est plus tronqué qu'une BD grand format mais c'est dans mon budget et il s'adapte plutot bien a mes moments de libre.

*

Que vais-je lire ensuite ?
C'est une excellente question, moi qui ne sait même pas ce que je vais manger demain a midi.
La semaine prochaine, j'attaque Home de Toni Morrisson que je dois lire pour mon cours de littérature comparée, et j'en profite pour terminer le Tartuffe. J'ai reservé La vérité sur l'affaire Harry Quebert  à la librairie, qui est quand même une grosse brique qui va me prendre des siècles telle que je me connais.

Ce sera tout pour le moment.

Et Vous? Que lisez-vous cette semaine?